vlcsnap_77197C'est comme ça avec les grands formalistes : même quand ils ratent complètement un film, on cherche avidement le moindre petit détail qui peut nous faire dire que c'est bien quand même, qu'on reconnaît la patte du maître. Bon, là, avec Sweet Home, on a quand même du mal à être de mauvaise foi. C'est vraiment très mauvais, et c'est en désespoir de cause qu'on relève par-ci par-là quelques éléments kurosawaiens. Ca ressemble à un banal film d'horreur occidental et fauché des années 80, genre Friday the 13th, et on ne peut que regretter que Kurosawa ne joue pas du tout sur sa culture pour tenter de nous faire peur.

On a droit à une pauvre intrigue qui traite de malédiction à la con et de maison hantée, avec son lot de personnages hurlants de terreur et de fantômes à la dentition douteuse, de vieux sages et de jeunes filles pures. Kurosawa a l'air un peu embarassé par son manque de moyens, et vlcsnap_170782décide comme les autres de pallier ce défaut en jouant sur l'attente plus que sur l'horreur pure. Malheureusement, ses scènes de transition entre les séquences spectaculaires sont affreusement chiantes, surtout à cause d'acteurs infâmes, il faut le dire pas aidés par des dialogues écrits sur un coin de nappe et des situations improbables et ridicules. On pense dans un premier temps que c'est du second degré, que KK est assez intelligent pour nous emmener dans des contrées qu'on n'attend pas, on se dit, malin, que la musique est beaucoup trop immonde pour être vraiment sincère... mais on se rend vite à l'évidence : on est au ras du tatamis et c'est voulu. C'est de la série Z sans scrupule, presque jolie à force d'y croire. Quand Kuro s'attaque aux scènes gore, il le fait avec une frontalité et une innocence totales : c'est fait à la pâte à modeler et au ketchup, c'est rigolo comme tout, mais ça fait peur comme la première saison de Candy.

vlcsnap_154652Alors parfois on ouvre un oeil en reconnaissant dans l'apparition d'un fantôme la lenteur qui fera merveille dans Cure, en repérant sur un mur les mêmes tâches que dans Kairo, en découvrant un joli plan sur une fresque qui dévoile lentement des secrets sous une couche de poussière comme dans Retribution, ou en retrouvant dans ces ombres bruissantes un peu de l'inspiration de Loft. Mais c'est bien pour dire : Sweet Home tombe des yeux, même pour un accroc des VHS d'antan.