Suite à un réveil forcé, à l'aube, en raison de la présence, juste sous ma fenêtre, d'un gang de grand-mères sourdes, qui font leur tai-shi avec la musique à donf (la vente d'armes est interdite en Chine et c'est une bonne idée), c'est dans un état quasi léthargique que j'ai pu assister à ce film d'Altman; cela tombe finalement plutôt bien car l'ambiance de ce film hors-norme est relativement méditative... On suit le destin croisé de trois femmes, en marge de la société ricaine, malgré leur effort relatif pour s'y intégrer. Trois femmes, en proie à l'incompréhension du monde alentour - notamment les mâles peu reluisants - qui lentement et sûrement vont finir par fonder une même famille. 

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Sissy Spacek, jeune femme un peu puérile aussi timide que maladroite, est engagée dans un centre thermal pour personnes âgées (voilà un endroit paisible où mes grand-mères pourraient trouver tout le repos du monde...). Elle est rapidement prise sous l'aile de Shelley Duvall (récompensée ultra justement à Cannes pour cette prestation totalement hallucinogène), femme un peu quiche au premier abord. Cette dernière malgré ses efforts de socialisation semble parler totalement dans le vide dès lors qu'elle se trouve en compagnie de ses collègues (qui valent le déplacement cela dit, en particulier les deux jumelles parfaitement synchronisées...) ou lorsqu'elle prend son déjeuner à la table des docteurs, dans l'hôpital, en face du centre. Cela n'empêche point notre Sissy de n'avoir d'yeux que pour elle et rapidement elle emménage avec la Shelley. Dire que ce couple est un peu pathétique serait presque trop faible : rien que l'appart qui oscille entre le jaune moutarde française et le jaune moutarde anglaise (il en est question dans le film, je n'invente rien) est un must de décoration kitsch. Il faut voir également cette pauvre Shelley totalement ignorée pour ne pas dire rejetée par ses voisins ou "soi-disant" ami(e)s se mettre à l'ouvrage pour préparer une "fête dont elle a le secret" : c'est la championne du monde de la bouffe vendue en boîte ou en en tube et l'on sent bien que tous ses efforts pour s'intégrer gentiment dans cette société de consommation primaire vont, malheureusement pour elle, directement dans le mur. Personne ne daigne finalement venir à ces "fêtes" comme si la pauvre Shelley était aussi fade que la bouffe qu'elle prépare. Cette longue première partie du film laisse assez dubitatif - sans pour autant manquer d'intérêt, soyons clair, un étrange humour à froid - sans parler de la musique assez envoûtante - baignant l'ensemble - et l'on demeure totalement intrigué par le comportement toujours un peu à côté de la plaque de la Shelley et la Sissy (pas étonnant d'ailleurs de les voir filmées derrière des vitres, comme si une barrière invisible les empêchait de rejoindre le monde - ouais, je vais po chercher bien loin, j'avoue).

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Puis la Sissy est victime d'un accident et en ressort totalement transfigurée. Elle ne va point tarder, lorsqu'elle sort du coma, à s'identifier totalement à Shelley comme si elle cherchait à lui prendre sa place (je pourrais évoquer Persona de Bergman mais j'ai plus trop le film en tête, eheh). Elle s'impose de plus en plus dans l'appartement, écrit dans le journal intime de sa cothurne et lui pique même son seul amant, un policier ringard et alcoolo, passionné par les armes à feu. Faisons d'ailleurs une petite parenthèse à ce sujet puisque ce dernier est en fait marié à une femme enceinte (la troisième femme du titre) que l'on croise de temps en temps et qui passe sa vie à peindre des êtres hybrides au fond des piscines (une métaphore de la "transformation" à venir des trois femmes? Peut-être, mais je vous laisse libre de votre interprétation...). Notre Sissy va finalement faire un rêve où se retrouve mêlée toute la vie de ses derniers jours et va finalement retourner gentiment dans le giron de la Shelley en allant dormir à ses côtés, comme un retour finalement à la case départ. Ultime événement dans ce film résolument étrange, l'accouchement de la troisième femme qui se passe plutôt mal... La dernière séquence nous les montre toute les trois réunies dans un monde totalement débarrassé des hommes, le mari/amant étant "mystérieusement" mort flingué (sachant que les trois s'entraînent au maniement d'armes à feu dans le film, cela laisse au moins trois possibilités...).

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On se laisse doucement porter, surtout au début, par ce récit, assez éberlué par le tempérament de ces deux femmes totalement enfermées dans leur (conception du) monde. Peu à peu, il semblerait qu'elles finissent par trouver tout de même leur place en se détachant complètement non seulement des mâles mais aussi du monde alentour en vivant dans cette petite bicoque-bar. Le film est tout de même relativement "flottant" - ces nombreuses images filmées à travers de l'eau -, comme des songes amniotiques (cela ne veut peut-être pas dire grand-chose mais traduit assez bien mon impression d'ensemble, voyez) comme si Altman laissait finalement à chacun le soin de se laisser bercer par ces images/visions. C'est en tout cas très troublant et on ne va point s'en plaindre - suite au prochain rêve.