i_20vitelloniVoilà le chef-d'oeuvre de la première période de la production fellinienne. I Vitelloni est la quintessence de son cinéma, toujours à cheval entre la farce la plus triviale et le mélodrame, entre le réalisme et l'onirisme. Comme le fait judicieusement remarquer maître Jean Collet dans la présentation du film, impossible de résumer un film de Fellini : c'est une somme de débuts de trames, de portraits épars plus ou moins fouillés, qui ne font jamais une trame dans son ensemble. Ce film est complètement dans cette veine : on y suit les aventures tantôt gaies tantôt tristes d'un groupe de potes dans une petite ville de province, meublant leur ennui en draguant et en errant dans les rues désertes, en faisant chier les bourgeois et en lançant des cailloux dans la mer. C'est d'abord ça qui touche dans I Vitelloni : le vide de ces existences y est montré avec beaucoup de finesse, et quiconque a passé son enfance dans une de ces petites cités où tout ferme à 19h ne peut que se reconnaître dans ces "inutiles". Comme un avant-goût de La Dolce Vita _40430517_vitellonimais surtout de Amarcord, Fellini capte parfaitement les atmosphères tristounettes de ces mornes villes, la ringardise totale de leurs habitudes (l'élection de Miss Sirène qui se termine en déluge), le manque d'ambition désespérant de leurs habitants.

Au sein de ce décor fermé, les "vitelloni" apparaissent comme des héros, malgré leurs tares et leurs ridicules. Parfaitement dessinés, ils forment une galerie de portraits très attachante : le jeune gars rêvant d'évasion, l'artiste raté émerveillé devant la star vieillissante de passage dans la ville, le dragueur inguérissable, la grande gueule mélodramatique, tous ont leur place et leur importance, et le regard de Federico sur eux est toujours empreint d'une tendresse infinie. Même le narrateur, dans un intéressant exercice de présence/absence (il emploie le "nous" pour désigner la petite bande, mais n'apparaît jamais concrètement, comme si c'était vraiment Fellini qui parlait, comme s'il nous hurlait que tout untitledcela est autobiographique) a son rôle à jouer par la sorte de tristesse bienveillante qu'il met à commenter les évènements. On passe de tranches de vie en tranches de vie, et le film dessine une image toute fine de ces petites existences anonymes et précieuses. Chaque séquence semble d'ailleurs refermée sur elle-même, comme une succession de sketches, sans que cela n'empêche une grande cohésion d'ensemble (et une grande cohésion avec le reste de l'oeuvre fellinienne). On est sans cesse émerveillé par cette facilité dans la rupture de ton, une scène commençant comme un mélodrame à la De Sica et se terminant dans un éclat de rire provocateur. On rit beaucoup dans I Vitelloni (mon plan préféré : Sordi qui fait un bras d'honneur au passage à quelques travailleurs : "Laboratori, prrrroutttt"), mais toujours avec la gorge serrée, toujours avec en arrière-fond cette pointe d'amertume précieuse. Quelques plans sont troublants dans leur côté "fin du monde" : un groupe de copains au bord de la mer qui contemplent i_vitellonil'infini, Sordi déguisé en femme terrassé par l'apparition d'un ange, un train qui s'en va emportant une vie qui commence,... Dans ces moments-là, le film est comme arrêté, nous mettant le nez dans le fond vraiment amer de cette fausse comédie. C'est ça, la politesse selon Fellini, la pudeur totale : nous faire rire de nos travers en étant toujours au bord des larmes, nous en faire pleurer en rigolant toujours. De la dentelle.

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