Je continue mon parcours en terre muette avec cette oeuvre relativement claustrophobique de l'ami Sjöström (on est devenu proches). Une histoire d'adultère somme toute banale, sauf qu'il était malvenu de faire le mariole avec le Comte Starschensky dont le front et la coupe de cheveux ne sont pas sans rappeler ceux de Sarko - sans avoir le moindre préjugé, tenons-nous bien, le type n'est forcément pas très sympathique au premier abord.

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Deux cavaliers en route pour Varsovie trouvent refuge pour la nuit dans un monastère. Ils tombent sur un moine le cheveu blanchi et hirsute auquel ils demandent de narrer l'histoire de ce monastère où ils sont censés s'endormir (mouais). Le type est d'abord tout excité - on sent que ça remue des trucs en lui vu sa façon de bougonner des trucs au ciel - mais il s'exécute. Il revient donc sur l'histoire du comte Starschensky qui eut vent, par l'intermédiaire de l'un de ses serviteurs, des tromperies de sa femme. Sur le qui-vive, il laisse échapper une première fois un visiteur de la nuit. Sa femme se donne jusqu'au petit matin pour s'expliquer et lui raconte, à l'aube, que le gars vient en fait rendre visite à sa servante (j'ai bien fait de ne pas prendre de domestiques à la maison, ça sent toujours l'embrouille). Notre comte est dupe mais en jouant avec une boîte en bois de son gamin, il tombe sur un médaillon du cousin de sa femme qui ressemble, à bien y réfléchir, comme deux gouttes d'eau à son bambin. Son premier réflexe est de balancer le gamin par la fenêtre et on sent bien, au regard consterné du gamin qu'il adresse à la caméra, - il lâche en plus un MÄMÄ explicite - que ce n'est pas du cinéma. Notre comte se reprend et met au point un plan d'enfer. Il kidnappe le fameux cousin, l'attache à des fers, obtient une confession et fait venir sa femme et son gamin dans un donjon. La femme est livide, le gamin craint le pire et notre comte de se lancer dans un duel avec le fâcheux cousin; ce dernier s'échappe en sautant du premier étage - ça fait bien dix mètres, précisons - et notre comte, de rage, tente de poignarder le gamin qui se lance dans le même jeu en se tournant vers nous. Bon il l'épargne, mais il trucide sa femme (impardonnable, dirait Djian) parce qu'il faut pas pousser non plus. Dernier rebondissement, le comte et le moine narrateur ne font, en fait, qu'un et ce dernier part expier - comme tous les jours - son péché face à Jésus, sur la croix (eh ouais, après il faut payer mon gars). Sjöström soigne particulièrement ses cadres - personnages filmés sous des arches et des plafonds bas - et parvient à donner une atmsophère glaçante et macabre à son récit, notamment dans cette petite salle du donjon où le drame se dénoue. Bien emmené et rythmé à souhait, le récit du Victor laisse une nouvelle fois une forte impression. Ah si.

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