vlcsnap_40503Décidément pas grand chose de savoureux dans le cinéma de Coppola des années 80 (pas encore tout revu, mais comptez sur moi). C'est même assez sidérant de voir que le bougre, juste après Apocalypse Now, ponde cette sirupeuse production qui arrive de nulle part. Bancal, heurté, assez laid, pas très tenu, One from the Heart est l'archétype de l'échec annoncé : Coppola met tout entre les mains de ses techniciens (certes talentueux), signe des chèques faramineux et espère que ça fera du grand cinéma. Ca ne donne qu'un clinquant écrin vide.

Pourtant, on sent là-dessous une grande ambition de la part du mégalo Coppola. Mais ses intentions restent très mystérieuses, et le film est totalement superficiel. On suit une nuit à Las Vegas, à travers la mignonne histoire d'un couple en crise : après une dispute, chacun va passer vlcsnap_9496une nuit d'infidélité, puis rentrer au bercail parce-que-l'amour-c'est-plus-fort-que-tout. Le grand truc, c'est que tout est filmé en studio, dans des couleurs primaires extravagantes, comme un spectacle de Broadway. Comédie musicale, néons qui clignotent, paysages de toiles peintes, tout fait faux, et c'est voulu. Le film semble être une critique gentillette des rêves d'évasions d'un petit couple banal, et Coppola les fait se frotter à leurs rêves de midinette : elle va flirter avec un hidalgo de province qui connaît les mots magiques ("Bora-Bora") et joue du piano ; lui va flasher sur un pur fantasme (Nastassia Kinsky), comme une incarnation réelle de leurs envies. Idée somme toute relativement banale, et que Coppola n'arrive pas à extraire du cliché. C'était le danger : le monde fantasmatique de ses héros est une image d'Epinal ; les filmer revient à reproduire des clichés.

vlcsnap_41513Alors certes, c'est impressionnant techniquement. Le daltonien perdra une grande partie du film, tant le chef-op s'éclate à colorer le moindre plan jusqu'à l'excès total. L'imagerie hollywoodienne est ici considéreé comme l'esthétique sine-qua-non, et à côté de ça on se dit que Outsiders était un austère essai en noir et blanc. La musique de Tom Waits apporte la touche bluesy de rigueur (même s'il y a beaucoup trop de chansons, et si ce ne sont pas les meilleures du gars Tom), il y a des numéros dansés pleins de figurants super-bien entraînés, et le montage est original (une façon étonnante d'imbriquer les plans les uns dans les autres). Mais tout ça n'est qu'une forme qui n'arrive pas à cacher l'indigence du scénario, trop explicite, trop simpliste, et qui stagne toutes les 5 minutes. Les acteurs ne savent pas trop sur quel pied danser, clairement perdus dans ce monde de strass et de paillettes. On ne s'ennuie pas vraiment, mais on a un peu de peine pour Coppola, qui sent visiblement au cours du film que son vaste projet n'est peut-être que du vent, et que pour le coup il a manqué de lucidité.

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