vlcsnap_105686Je ne sais pas qui a donné les clés des archives à Pasolini, mais il a dû s'en mordre les doigts s'il voulait du film lisse. La Rabbia est l'archétype du film politique des années 60, celui qu'on retrouve chez Godard, Marker ou Ivens, celui qui fait mal aux entournures. Dans un montage d'images documentaires hyper-vaste, qui brasse l'histoire contemporaine depuis Cuba jusqu'à l'Algérie, depuis le couronnement de la Reine d'Angleterre jusqu'à Gagarine, Pasolini pose une question simple : pourquoi la guerre ? pourquoi le monde est-il irrémédiablement attiré vers la violence et la domination de l'Homme par l'Homme ? Bonne question, à laquelle PPP apporte une seule réponse : la responsable de tous les maux, c'est la lutte des classes. Le film va être un démontage point par point de la domination mondiale de la classe bourgeoise sur le sous-prolétariat, et la démonstration est cinglante.

vlcsnap_63842Si Pasolini note la touche de bonhomie qu'il croit déceler dans les yeux du pape, d'autres n'ont pas cette chance : la France, représentée par un De Gaulle monté sur fond de fusillades en Algérie, en prend plein la face ; tout comme l'Amérique, en plein conflit cubain, à laquelle PPP renvoie des images d'essais nucléaires opposées à la Beauté perdue de Marilyn Monroe. Le monde qui apparaît à travers ce montage parfait et ces voix-off lyriques et désespérées est bien triste, abandonné sans espoir à la haine et à la perte des valeurs antiques (grand credo pasolinien, qui n'a peut-être jamais été plus moraliste et chrétine que dans ce film). Le texte est poétique, scandé, plaintif, et se termine sur des notes désabusées (Gagarine qui, du haut de son orbite, a cru entr'apercevoir une fraternité possible entre les hommes, et qui déchante bien vite), à l'image de l'ensemble de ce documentaire effectivement plein de rage. Une rage triste et désenchantée, qui pose sur le monde et ses habitants un regard comme revenu de tout, accompagnée par les notes funèbres d'Albinoni. Brrrr.