19012306_w434_h_q80Fincher est pris en flagrant délit de fausse bonne idée avec ce film clicheteux et finalement bien normatif. Alors qu'il croit avoir déniché le sujet en or (un homme vit sa vie à l'envers, vieux à sa naissance, bébé à sa mort), on se rend vite compte que cette idée ne mène strictement à rien : on assiste tout bêtement à une histoire d'amour tout ce qu'il y a de banal. Rencontre, séparation, retrouvailles, amour impossible puis mort, c'est le cursus normal. L'erreur du script réside dans le fait que Benjamin Button ne rajeunit que physiquement : moralement, il vit la vie d'un homme comme les autres. Seule son enveloppe corporel témoigne de l'étrangeté de son cas. Ainsi, les trois temps de la vie sont finalement rangés dans le bon ordre : enfance, age adulte et vieillesse, avec ce que chaque âge apporte de métamorphoses physiques.

Fincher, lui, est persuadé que son scénario est prodigieux. Il tente donc de réaliser son Titanic à lui, grâce à des images chromo venues directement d'Epinal, grâce à une esthétique sur-romantique qui apparaît du coup 19016596_w434_h_q80plaquée contre son gré sur ce sujet sans intérêt, grâce à une "glamourisation" excessive de ses acteurs. Il aurait pu trouver quelque chose dans le corps de Brad Pitt, le film aurait pu prendre de l'intérêt dans l'enregistrement du corps d'une légende, depuis son âge actuel jusqu'à sa période de starisation. Et c'est vrai que dans sa partie centrale, The Curious Case of Benjamin Button parvient à troubler un peu son jeu. Le plaisir vient de ce que, dans ce corps qui rajeunit, on décèle petit à petit les traits de Pitt, et qu'on ne sait plus trop quand il est vieilli ou quand il est rajeuni. Comme une statue qui sortirait d'un magma de pierre, dirais-je pour faire le malin. Cet exercice est bien troublant, et Pitt semblait bien être l'icône idéale pour incarner cette métamorphose (on aurait bien vu Cruise aussi, mais il est moins bon acteur : Pitt est dans l'ensemble très convaincant). Jolies séquences, notamment, entre Pitt "au milieu" de sa transformation et une femme vieillissante qui le rejoint chaque nuit : là, on touche enfin à un sujet, celui de l'aspect éphémère de l'amour et de la tristesse de la perte.

A part cet agréa19012307_w434_h_q80ble petit jeu, le film déroule une trame très convenue et très polissée. Fincher, frileux, refuse obstinément de se coltiner à la seule bonne piste qu'aurait pu donner son sujet : celle de la chair et des corps. On aurait aimé qu'il montre plus frontalement ces deux corps inadaptés (celui vieux de Button et celui adolescent de Blanchett au début, puis l'inverse sur la fin). Mais les scènes de sexe sont soigneusement cachées, par peur de la censure sûrement, et on n'assiste jamais à ces plans dérangeants tant espérés. Pour combler le manque d'enjeu (mais était-il nécessaire de prendre 2h45 pour filmer une aussi classique histoire ?), Fincher remplit avec des scènes complètement déconnectées du reste (une bataille pendant la guerre, une foule de personnages inutiles), creusant sans profondeur dans sa thématique de la métamorphose (un marin tatoué, un père plus jeune que son fils, une femme qui meurt à l'hôpital), et multipliant les clichés. Blanchett, en danseuse, est énervante en diable, surtout dans cette scène sucrée et infâme où elle danse au clair de lune devant Pitt médusé : c'est sûrement romantique, c'est sûrement une allusion à Fitzgerald (à l'origine du scénario), mais c'est surtout ridicule de poses. Le film est vraiment raté, déjà vu dans son esthétique (Titanic, donc, qui a eu le mérite d'arriver avant) et sans enjeu. Fincher n'a pour l'instant fait qu'un seul bon film (Zodiac). (Gols 22/03/09)


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Même sentiment de ratage complet que celui éprouvé par Gols ou comment prendre une idée bien barrée pour n'en faire absolument rien. Fincher se rêve en cinéaste épique, lyrique, capable de prendre à bras le corps le destin extraordinaire de cet homme sous forme de saga du XXème siècle et accouche d'une souris... enfin avec une très longue queue - je dois reconnaître m'y être pris à trois reprises pour achever ce peu digeste pudding. J'ai vibré en effet au même moment que Gols avec cette parenthèse amoureuse au milieu du film entre un Pitt encore marqué et une Tilda Swinton ayant soif d'une seconde vie ; une petite amourette impromptue dont Fincher ne fait finalement rien... On sent que le gars aimerait nous servir une réflexion profonde sur le temps, sur la vieillesse, sur les hasards (l'épisode de l'accident de la danseuse (Blanchett) « si une seconde plus tôt, il y avait eu blablabla cela n’aurait pas eu lieu » : un court métrage au sein du film qui court-circuite complétement le fil narratif – et n’apporte rien si ce n’est que de délayer le temps) et nous sert que des scènes d'exposition lelouchiennes où le constat est simpliste : putain, le temps passe... Pitt fait franchement des efforts, en effet, pour apporter un peu de trouble et de relief à ce personnage mais le fait de le montrer en ultra beau gosse tout droit sorti d'une pub dans la dernière partie du film pète tous les effets : regardez-moi enfin notre star au sourire si doux et si charmant ! Tout ça pour ça, pour parodier l'autre... On s'en fout, juste, de voir enfin cette banale idylle dopée à la musique des Beatles – plus datée que vintage, la séquence, bourrée en plus de clichés. Comme le disait Gols, aucune tentative d'aborder le sujet par le biais de la chair, aucune volonté de pigmenter son récit d'un poil d'humour et cette aventure vendue comme « étrange » paraît finalement tristement classique. Des personnages secondaires sans âmes (le père de Benjamin...), des détails sans aucune plus-value métaphorique (ce père avait une usine de boutons... et son fils en hérita... et il la vendit... et pis c'est tout, ah oui, cherchez pas, c'était juste pour les jeux de mots button's buttons ou button up pour le nom du bateau). L'image est tristement sombre, ça pue l'écran vert à tous les coins de rue et l'émotion ne point jamais. Beaucoup d'effets spéciaux pour rien, une tempête dans un verre d'eau, un bouton de fièvre qui dure une éternité. Du temps perdu. (Shang 27/06/20)

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