Céline et Julie vont en Bateau de Jacques Rivette - 1974
C'est bien joli, la fantaisie au cinéma. Mais quand ça prend la forme de 3 longues heures de purs délires oniriques abscons, ça peut devenir aussi assez limité. Déjà pas très amoureux de Rivette, j'ai été complètement achevé par Céline et Julie vont en Bateau, et le joyeux rêve éveillé que tente de mettre en place le compère a viré assez vite au cauchemar pénible.
Deux donzelles se rencontrent dans un parc, à la faveur d'objets semés par l'une d'elle, toute étourdie. A partir de ce hasard, Rivette lance toute une trame incompréhensible autour de ce couple de jeunes femmes délurées : une maison mystérieuse, un trio désuet et plus ou moins échangiste qui maltraite une enfant, un bonbon qui déclenche des hallucinations, des séances de magie, un vieux fiancé qui revient, des souvenirs d'enfance... On sent bien que le film lorgne du côté d'un mystère bon enfant à la Lewis Carroll, les personnages prenant tour à tour le rôle des
différents personnages d'Alice au Pays des Merveilles (ou alors, je suis complètement à côté de plaque, c'est encore possible) : le souci, c'est que ce qui aurait pu tenir sur un court-métrage sympathique est dillué dans un interminable essai, qui se voudrait joyeux mais qui est poussif comme c'est pas permis. La faute d'abord à ce scénario qui brasse du vent avec la ferme conviction de toucher quelque chose de l'essence des rêves. Ca et là, quelques scènes sont amusantes, les plus simples surtout, celles qui s'éloignent un peu de ce dispositif fatigant, ou celles qui assument complètement leur artificialité (la dernière demi-heure est très jolie). Mais l'ensemble ressemble plus à un Resnais raté qu'à la petite tranche de délire visée de toute évidence par Rivette.
Tant qu'à faire du n'importe quoi, autant aller jusqu'au bout : le metteur en scène laisse ses actrices improviser, et mal lui en prend ; elles sont mauvaises, énervantes et
peu naturelles. A la rigueur on préfère quand le film vire à la mise en scène bourgeoise (les séquences avec Bulle Ogier et Marie-France Pisier) : là au moins, on sent qu'il y a quelqu'un aux manettes, même si ça rappelle les austères mises à plat artificielles de Ne Touchez pas la hache. On veut bien que le cinéma nous mène par le bout du nez de temps en temps, mais là on a l'impression d'être laissés sur la touche par ce film fermé sur lui-même, sur ses propres rêveries, sur son admiration pour des actrices peu photogéniques, sur son univers trop personnel pour passer la rampe. Un peu comme ces gens qui vous racontent leur voyage à Bali alors que vous n'y avez jamais mis les pieds : c'est chiant.
Commentaires sur Céline et Julie vont en Bateau de Jacques Rivette - 1974
- Les inconditionnels de Rivette aiment en général beaucoup ce film qui m'a, moi aussi, laissé quelque peu sur la touche. Puisque tout est présenté comme un jeu sans conséquence, le doute ne vient jamais s'immiscer dans l'esprit du spectateur et la question de la réalité de ce qu'on voit ne se pose jamais. D'autre part, en laissant improviser ses actrices sans rien resserrer au montage (certains délires et fous-rires sont assez pénibles), Rivette semble juste réaliser un "film de copains" particulièrement relâché dans sa construction.

Mais heureusement, je suis d'accord là aussi, il y a la dernière demi-heure, très belle, où se joue enfin quelque chose de sensible et de mystérieux. - mais, le lendemain matinet bien, pour commencer, j'ai envie de dire que pour moi mal jouer est, comment dire, cela ne correspond à pas grand chose; c'est une perception qui évolue selon les époques, et puis n'oublions pas que pour beaucoup de gens, quelqu'un comme par exemple Delphine Seyrig "joue mal"... En fait "mal jouer", qd on regarde, c'est qd même très rare (cela arrive cependant).

Après, c'est la question du naturalisme (que je déteste) et c'est autre chose...
Ici les actrices sont aussi les auteurs (au moins en partie) du film, elles fabriquent des personnages, des situations, improvisent, scandent ou scandalisent, verbalisent, usent de tout un répertoire qui a mon sens n'a rien à voir avec le fait de mal jouer, mais que je vois plutôt justement comme un jeu qu'elles jouent, une création permanente et renouvelée, l'échange et le défilé de rôles divers, qu'on endosse et qu'on abandonne ou qu'on se prête alternativement.
Il y a aussi dans Céline et Julie le fait de mal jouer en l'assumant totalement, et là je pense du coup aux personnages de Ogier / Pisier / Schroeder qui singent des acteurs jouant un genre de drame élisabéthain ou qque chose de cet ordre là.
Philippe Clévenot, Poupie, tous les seconds rôles, aux statuts si flous, sont chacun inoubliables je trouve dans le dessin et les visages multiples du film.
"Qu’est-ce que le cinéma, sinon le jeu de l’acteur et de l’actrice, du héros et du décor, du verbe et du visage, de la main et de l’objet ?" J.Rivette
(à suivre...) - mais, le lendemain matinBon, je ne vais pas trop tartiner, Dame, car en fait l'amour de ce fim relève pour moi d'un enchantement tout à fait spécial, je me souviendrais toujours de la première vision (multipliée depuis), on entre dans le film comme par effraction, cela ne ressemble à rien de connu, cet espèce de longue filature d'une fille à l'autre, qui nous fait traverser Paris (m'étonne que vous ne soyez pas sensible(?) à ce génie de la topographie dont fait montre une fois de plus Rivette) d'un bout rêvé à l'autre. C'est toute la magie du cinéma qui est là, des Feuillade, mystères et compagnie, enlacée en mille-feuilles avec l'absolue liberté conquise par l'un des deux génies issus de la nouvelle vague, très haute la vague là. Je pense cependant qu'il existe un enchantement spécial entre le film et moi (et d'autres....), je le reconnais et ne le détaillerais pas; mais enfin, c'est un film drôle, passionnant dans son montage, plein de "choses spéciales et secrètes", d'une liberté totale, (dans lequel en effet on entre totalement, ou pas du tout.) (et je crois que j'adore les "fantaisies vieillotes"!)

Mais suivons Alice...
Evidemment, c'est un long voyage.
(sinon, précision, personne n'en avait parlé à l'époque ce qui m'avait étonné, mais l'hideux ampoulé prétentieux Mulholland Drive est un pillage complet de ce film, cela m'avait fait hurler !) - Pas du matinN'en jetez plus, ami Patience : tout ce que vous dites de ce film est absolument juste, et je suis sûrement passé en grande partie à côté du film. Mais vous avez raison : on aime ou on n'aime pas cette fantaisie, et pour ma part elle m'a laissé franchement de marbre. Je n'ai rien contre le vieillot, mais pas celui-là assurément.

Mal jouer, bien jouer, comme vous dites c'est subjectif : je suis un grand fan de Léaud, par exemple, qui joue souvent très faux. Ici pourtant, les deux comédiennes visent le réalisme, en tout cas dans leurs scènes de complicité. Mais leurs improvisations ne mènent qu'à deux personnages agaçants, leurs rires surtout est de toute évidence "pour la caméra", sans sincérité (qu'est-ce que c'est dur, le rire, pour un acteur, quand même). J'ai de loin préféré la partie Pisier/Ogier : là, c'est faux aussi mais pour développer une artificialité théâtrale qui m'a plus convaincu.
Quant à la topographie parisienne des premières scènes, oui oui, c'est pas mal, mais y a-t-il vraiment du génie là-dedans ?
Pour Mulholland Drive, vous me sciez une patte : comparaison tout à fait juste que je n'avais pas trouvée (même si j'aime plutôt bien le film de Lynch).
Toujours aussi précieux, Patience, gloire à vous. - Je suis venu vivre à Paris, parce que je voulais trouver le 7 bis de la rue du Nadir-aux-Pommes. Voilà une dizaine d'années que je suis ici. Je n'ai pas encore trouvé. Mais je trouverai.

Ce film est l'une des plus belles choses cinématographiques qui me soient arrivées (avec notamment "Mulholland Drive"). Comment le quotidien le plus banal peut basculer dans le fantastique le plus merveilleux avec autant de facilité ? C'est un mystère qui me dépasse ("feignons d'en être l'organisateur" ajouterait Cocteau, Cocteau dont le fantôme rôde tout au long de ce film, aux côtés de ceux de Feuillade ou de Lewis Carroll...). Quelle liberté ! Quelle folie ! Encore, Monsieur Rivette ! Encore ! ENCORE !!! - Voici où se trouve le 7bis de la rue du Nadir aux Pommes:

http://www.thecinetourist.net/ceacuteline-et-julie-whats-the-address-of-that-house.html










(une grande peine à Patience vous faites !)
...
un de mes deux ou trois films préférés
..
bien plus que ça, même
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