vlcsnap_61716C'est bien joli, la fantaisie au cinéma. Mais quand ça prend la forme de 3 longues heures de purs délires oniriques abscons, ça peut devenir aussi assez limité. Déjà pas très amoureux de Rivette, j'ai été complètement achevé par Céline et Julie vont en Bateau, et le joyeux rêve éveillé que tente de mettre en place le compère a viré assez vite au cauchemar pénible.

Deux donzelles se rencontrent dans un parc, à la faveur d'objets semés par l'une d'elle, toute étourdie. A partir de ce hasard, Rivette lance toute une trame incompréhensible autour de ce couple de jeunes femmes délurées : une maison mystérieuse, un trio désuet et plus ou moins échangiste qui maltraite une enfant, un bonbon qui déclenche des hallucinations, des séances de magie, un vieux fiancé qui revient, des souvenirs d'enfance... On sent bien que le film lorgne du côté d'un mystère bon enfant à la Lewis Carroll, les personnages prenant tour à tour le rôle des vlcsnap_69340différents personnages d'Alice au Pays des Merveilles (ou alors, je suis complètement à côté de plaque, c'est encore possible) : le souci, c'est que ce qui aurait pu tenir sur un court-métrage sympathique est dillué dans un interminable essai, qui se voudrait joyeux mais qui est poussif comme c'est pas permis. La faute d'abord à ce scénario qui brasse du vent avec la ferme conviction de toucher quelque chose de l'essence des rêves. Ca et là, quelques scènes sont amusantes, les plus simples surtout, celles qui s'éloignent un peu de ce dispositif fatigant, ou celles qui assument complètement leur artificialité (la dernière demi-heure est très jolie). Mais l'ensemble ressemble plus à un Resnais raté qu'à la petite tranche de délire visée de toute évidence par Rivette.

Tant qu'à faire du n'importe quoi, autant aller jusqu'au bout : le metteur en scène laisse ses actrices improviser, et mal lui en prend ; elles sont mauvaises, énervantes et vlcsnap_197108peu naturelles. A la rigueur on préfère quand le film vire à la mise en scène bourgeoise (les séquences avec Bulle Ogier et Marie-France Pisier) : là au moins, on sent qu'il y a quelqu'un aux manettes, même si ça rappelle les austères mises à plat artificielles de Ne Touchez pas la hache. On veut bien que le cinéma nous mène par le bout du nez de temps en temps, mais là on a l'impression d'être laissés sur la touche par ce film fermé sur lui-même, sur ses propres rêveries, sur son admiration pour des actrices peu photogéniques, sur son univers trop personnel pour passer la rampe. Un peu comme ces gens qui vous racontent leur voyage à Bali alors que vous n'y avez jamais mis les pieds : c'est chiant.