Ca fait bizarre de se rendre compte qu'en fait Forrest Gump avait déjà été fait 15 ans avant. Heureusement, on échappe ici à Tom Hanks puisque c'est l'immense Peter Sellers qui joue au demeuré. L'idée de départ est simple comme bonjour : l'histoire d'un gars tout couillon, qui a passé jusque là sa vie à regarder la télé - sans avoir jamais ouvert un livre (sait même po lire, le gars, blurp) - et "à cultiver un jardin", qui va soudainement devenir, malgré lui, un type incarnant toute la sagesse du monde. C'est forcément méchamment tiré par les cheveux pour tenir sur deux heures mais la prestation totalement "effacée" du père Sellers finit, faut l'avouer, par forcer le respect.

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A la mort d'un vieil homme pour lequel il a travaillé toute sa vie en tant que jardinier, cet attardé mental qui n'a jamais mis un pied en dehors de la baraque (Hosannah!), se retrouve à la rue. Il part à la conquête du monde sur un remix d'"Ainsi parlait Zarathoustra" vintage - la fin des années 70, oups - et se retrouve tout couillon dans cette banlieue de Washington sans savoir où aller. Coup de bol, une limo lui écrase une jambe et le voilà recueilli dans une richissime famille. Ses propos au premier degré sont constamment perçus comme des métaphores ultra puissantes et il ne tarde point à gagner le coeur du père mourant de la casa, de sa fille,  jusqu'à celui du président ricain, qui l'a croisé dans la demeure, et qui va le citer dans ses discours. Monté en épingle par la presse, notre Peter atteint à une véritable célébrité alors qu'il n'a jamais fait que sortir quelques phrases sur des racines, des arbres ou les saisons...  A la fin - vous pouvez fermer les yeux si vous voulez garder le suspens, d'autant qu'il ne se passe po grand chose entre temps -, le dernier plan le montre quasiment comme un saint, ce qui peut, tout de même, faire un peu tiquer aux entournures...

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Si l'homme est plein d'humanité - il apporte un dernier souffle de vie, pour ne pas dire une ultime bouffée d'oxygène, au vieillard richissime qui l'accueille et qui est à l'article de la mort -, s'il dupe son monde et surtout les médias (le public d'une émission de téloche s'esclaffe à chacune de ses phrases) sans même en prendre conscience, la dernière image prête tout de même un peu à confusion... Que notre imbécile heureux parvienne à rendre son bonheur communicatif, c'est une chose, que les médias et les hommes politiques soient incapables de voir à travers, je comprends - la critique de la connerie ambiante, j'adhère - , mais ce dernier plan qui élève sa naïveté et son innocence au rang de sainteté, c'est un peu l'apologie du pays de Candy, non?... ou alors d'une causticité qui m'échappe un poil, vu le ton général du film... Bref, belle performance du Sellers dans un film qui, malgré sa présence, manque tout de même, en plus, un peu d'intensité (c'est filmé à plat, on va dire). Mitigé quoi, mais je reste ouvert à vos commentaires!

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