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Difficile comme cela de faire un court billet sur cette oeuvre de Fellini sans passer à côté de 3000 petites choses, j'aurais mieux fait d'enregistrer le felliniste Francesco Rimini dit Julien lors de la conversation que l'on vient d'avoir sur le film, mais bon ne nous défilons point. La première chose par laquelle je reste totalement subjugué, c'est la façon qu'a Fellini de mettre de la vie dans chaque plan (les entrées et les sorties des personnages lors de chaque scène révèlent une mise en scène démentielle) et par son art de lier les scènes entre elles. Une réelle gageure d'autant qu'en dehors du "fil narratif" sur ce réalisateur préparant son film "au présent" se greffent des séquences de rêves, de flashs-back - qui ont chacunes leur atmosphère particulière - ou encore de fantasmes délirants. A l'image de ce plan entre ciel et terre, Mastroianni la tête dans les nuages étant relié par une simple corde au sol, Fellini est toujours sur le fil du rasoir pour nous faire passer de la réalité aux "songes", pour nous faire partager une vision très personnelle et des réflexions sur son imaginaire, pour nous faire naviguer entre "création" in progress et récréation.

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Difficile de ne pas penser à La Nuit américaine lorsque l'on voit ce réalisateur discutaillant avec les multiples collaborateurs du film, passant de l'un à l'autre en un clin d'oeil avec une caméra valsant d'un cadre à l'autre, à cela près qu'il y a chez Fellini beaucoup plus de légèreté, d'ironie délirante, en un mot de maestria. Ca fuse dans tous les sens et on est littéralement happé par les pseudo-préparatifs de ce film qui deviennent le film qui se tourne. Plus Mastroianni semble au point mort sur sa capacité à raconter une histoire, à faire un film, plus Fellini parvient à nous faire partager les sentiments qui l'habitent et à nous inclure dans ses réflexions, dans son spectacle. Il est question de ses parents, de ce père avec lequel il regrette de ne pas avoir plus discuté, de cette mère, dans la scène finale, à laquelle il adresse un petit salut sans être capable de la retenir, de son enfance dont il parvient à nous donner la formule secrète, allant jusqu'à évoquer la première expérience sensuelle et sa diabolisation immédiate au sein de son éducation catholique. Il est aussi forcément beaucoup question de femmes, Maestroianni jonglant constamment entre son désir de tout recommencer à zéro (Claudia Cardinale, tout simplement divine à chacune de ses apparitions) et sa volonté de revenir auprès de sa femme - et de sa maîtresse. L'une des séquences les plus marquantes est lorsque justement la femme du Maestroianni aperçoit à une autre table sa prétendue maîtresse et que ce dernier nie en bloc (Mastroianni, génialissime avec son petit air innocent): il imagine une éventuelle discussion à la coule entre les deux femmes, puis zappe sur une séquence absolument délirante avec toutes les femmes de sa vie (réelles ou imaginaires) réunies dans une sorte de harem. On oscille constamment entre un phallocratisme aigu et un hommage à la personnalité - et à la beauté - fascinante de chacune : comme une mise à nu de la part du maestro de ses fantasmes les plus fous, pour ne pas dire les plus pervers, avec toujours une petite dose d'autodérision touchante.

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On retrouve d'ailleurs cette dualité lorsque Fellini met en scène les multiples personnages catholiques : comme le dit l'un de ses proches, plus il semble vouloir les fustiger, plus il semble en être proche. De même, dès que le film plonge dans une certaine noirceur - Mastroianni se tire tout de même une balle dans la tête pour échapper aux questions des journalistes -, on rebondit immédiatement avec une scène pétaradante, tous les acteurs entreprenant un véritable tour de piste, sur une musique on ne peut plus inspirée de Rota qu'il faut quand même citer au passage, - "ce film ne pourrait se faire sans vous" - comme si l'humanisme finissait toujours par triompher du désespoir. The show must go on et quelles ques soient les affres de la création, quels ques soient les doutes qui habitent le créateur, le spectacle reprend toujours ses droits. De la confession intime à la mise en scène la plus démesurée, 8 ½ est le film de l'entre-deux qui parvient, comme jamais, à jouer - et à gagner - sur tous les tableaux. Inépuisable.   (Shang - 19/03/09)

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Difficile à commenter, mais le gars Shang s'en est sorti à merveille avec sa petite note tout à fait juste. Je n'ajouterai que peu de choses, si ce n'est que Fellini est quand même le meilleur dans la composition des cadres. Avec un sens merveilleux de l'équilibre, il remplit son écran comme un peintre sa toile, mettant en parallèle un petit figurant au loin avec un gros plan à l'avant, équilibrant son image avec une maestria folle. C'est lors des scènes "d'envahissement" qu'il est le plus fort dans ce sens : l'écran est rempli de figures qui sont autant de personnages (même ceux qui n'apparaissent qu'une seconde) et le gars Federico donne de l'ordre au chaos. La prodigieuse scène de la visite au décor, avec ces journalistes, ces m'as-tu-vu, ces actrices en quête de rôles, ces producteurs vieux beaux, ces pique-assiette, ces techniciens, ces femmes de ou ces maîtresses de, est superbe : tout est entraîné dans un même mouvement, par ces travellings somptueux, par ce sens du placement de chacun, par ce brouillage de l'espace qui correspond bien à cette esthétique onirique mise en place. Le film est étrangement dynamique alors qu'il traite quand même de la dépression, de la panne d'inspiration, d'un cinéaste mythique lassé de donner le change avec ces décors à millions et ses acteurs à trogne, d'un type impuissant, qui n'arrive plus à se passionner pour rien. Fellini a l'infinie politesse de parler de ça sous forme de comédie, par le mouvement et le rythme, sans transformer son film en pensum psy ou en mélo. Il faut dire qu'il est tout de même bien aidé par Marcello Mastroianni, beau à mourir et en même temps un peu ringard dans ses costumes d'artiste : le type lève un sourcil et il semble inventer le levage de sourcil. Quant à ce final, c'est l'un des plus émouvants qui puissent se voir (le même que dans Coincoin et les Z'inhumains, tiens) : convoquez tous les personnages de l'univers de Fellini, condensez tous ses fantasmes, envoyez la ravageuse musique de Rota, et faites la ronde. Il n'en faut pas plus pour rendre heureux.   (Gols - 16/11/18)

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