Decameron_1_00_53J'aime bien quand PPP fait dans le crasseux, ça doit être mon côté régressif. Premier volet de sa trilogie de la vie, Il Decameron réussit le pari audacieux de mêler la grande Culture, celle des écrivains classiques et de la peinture Renaissance, à la culture populaire, celle des bas quartiers italiens plus concernés par les histoires de fesses que par l'éducation. Le film jongle sans cesse entre les deux tendances éternelles de Pasolini, avec plus ou moins de bonheur il faut l'avouer, mais avec toujours cette passion pour les petites gens et pour son pays qui éclate de joie.

C'est un film à sketches, mais que PPP arrive à rendre extrêmement homogène, enchâssant telle partie dans telle autre sans transition, développant des sortes de fils rouges pour rendre le tout cohérent. Certaines histoires se cloturent sur une morale bien sentie (genre "baiser n'est pas pêcher" ou "il suffit de promettre Decameron_1_04_38d'épouser une gonzesse pour pouvoir la lutiner toute la nuit sur son balcon", interprétations personnelles), d'autres sont plus mystérieuses et semblent presque suspendues avant leur fin. C'est donc très inégal, un peu répétitif aussi, mais c'est paillard à souhait, d'un mauvais goût rafraîchissant et plein de tronches improbables vraiment marrantes. Le monde pasolinien est peuplé de crétins la plupart du temps cocus, de simplets qui finissent la tête dans la fosse septique et de bonnes soeurs faciles qui n'hésitent pas à organiser des tournantes avec le jardinier du couvent. Mais derrière toutes ces fables rigolardes se cachent aussi des éléments beaucoup plus sombres, la mort, le péché, et surtout l'angoisse du créateur : Pasolini lui-même joue le rôle d'un peintre incapable de représenter comme il se doit ce peuple bouillonnant qu'il a sous les yeux ("A quoi bon peindre un monde qui est bien plus beau dans nos rêves ?" dit-il pour clore le film, et c'est bien joli).

Decameron_1_22_28Tonitruant et coloré, le film met sur un pied d'égalité la beauté et la laideur, la jeunesse (érotisée en diable, surtout les hommes montrés dans leurs plus simples et imposants appareils) et la vieillesse (priapique, of course), la poésie raffinée et la trivialité. Un bien bel hommage à Boccace en tout cas, qui voit son bouquin transformé en plaidoyer pour la vie dans toutes ses tendances, des plus viles aux plus élégantes, et un film populaire dans le sens le plus généreux du terme.