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Première adaptation du père Hemingway au cinoche par un Borzage qui concentre sa trame sur l'histoire d'amour, laissant un peu en arrière plan cette guerre qui fait rage. Pourquoi pas me direz-vous. Dommage peut-être, tout de même, que le gars Gary Cooper qui rend bien deux têtes à sa partenaire (Helen Hayes, un peu girl next door gentillette) semble un peu emprunté dans ce rôle de lieutenant qui manque d'épaisseur et de caractère. Il faut attendre la dernière partie du film où notre Gary déserte ses rangs et affronte avec pugnacité le brouhaha de la guerre pour avoir enfin un peu d'action et la toute fin pour voir son personnage se fissurer et devenir touchant de désarroi.

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Auparavant Borzage joue la carte de la sobriété pour conter ce grand amour contrarié par la guerre... (C'est dur pour le gars Ernest, on dirait du Barbara Cartland - je m'en excuse volontiers). Heureusement, il ne joue point la carte du mélo en ne chargeant jamais son film de musique alors qu'on assiste aux multiples retrouvailles et séparations entre le lieutenant Henri et sa Catherine. Une première rencontre au hasard d'un bombardement où Gary s'extasie devant le petit pied de l'infirmière qui tombe du ciel (beaucoup aimé la séquence d'avant, chargée d'érotisme et d'un soupçon de fétichisme où le Gary, bourré, félicite en bon architecte l'arc formé par le pied de la fille de la boîte dont on ne "découvrira" à l'écran que les jambes... mmmh) puis une seconde, lors d'une nuitée romantique à souhait dans un petit jardin, où le Gary reçoit l'autorisation de sa coquette d'infirmière après s'être mangé une superbe baffe - mais notre Gary est bonne pâte et ne se formalise point. On a droit également à une superbe séquence en caméra subjective alors que notre Gary vient d'être blessé au front (et aux jambes (lol) - pardon): il est d'abord transbahuté dans un brancard avec des têtes inquiétantes se penchant sur lui puis dans son lit d'où l'on suit l'arrivée précipitée de sa Catherine qui embrasse littéralement la caméra. Le film se ramollie ensuite un poil lors de ces nombreuses lettres que les amants s'écrivent mais qui ne parviennent jamais à leur destinataire avant donc cette fin terriblement dramatique où l'on a droit au sempiternel Tristan und Iseut de Wagner, THE song déchirant des amours tragiques. C'est plaisant, Borzage se focalise sur sa ligne directrice amoureuse, parvient à éviter tout sentimentalisme exacerbé et nous livre une bien joulie dernière image avec ce Gary portant à bout de bras sa belle dont les draps du lit font à la fois office de robe de mariée symbolique et de linceul. Allez, je m'attaque aux muets du Frank en espérant trouver peut-être un peu plus de "chair".      

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à l'aborzage ! clique