Outsiders (The Outsiders) de Francis Ford Coppola - 1983
Toute petite mouture coppolienne, The Outsiders apparaît aujourd'hui bien veilli, et même à deux doigts de la ringardise la plus totale. Qu'est-ce qui a pris le maître de s'attaquer à ce scénario lourdissime et clicheteux ? Sûrement l'honorable désir de filmer la jeunesse de son temps, et de donner sa propre vision des films de gangs, une vision tendre et glamour du voyou des temps modernes. Il tente donc de faire son West Side Story à lui, un West Side Story qui serait passé par le prisme de sa cinéphilie : on croise au milieu de ces bagarres de rues quelques allusions à Night of the Hunter pour le côté "innocence brisée" et petits animaux utilisés comme contrepoints à la violence, ou aux mélodrames à la Sirk dans ces à-plats de décor et cette vision sur-hollywoodienne de la pureté.
Malheureusement, si l'intention est bonne, le résultat l'est moins. Le scénario est le plus gros handicap du film : une succession de scènes attendues dans le meilleur des cas, impossibles dans le pire. Deux voyous qui rêvent de sortir de la zone, et qui sauvent d'un incendie quelques gosses, un discours à gros sabots sur l'impossibilité d'échapper à son destin et sur la violence, des dialogues soulignés, c'est d'une indigence totale. C'est en plus plein d'invraissemblances et de personnages qu'on a déjà vus mille fois dans d'autres productions américaines, notamment de son pote Lucas (American Graffiti). Ca tombe très vite dans une mièvrerie too much ou dans de lourdes tentatives poétiques (les voyous qui dévorent Autant en emporte le Vent ou Robert Frost, ben voyons). Coppola voudrait bien que ses personnages rentrent dans la légende : ils restent toujours au ras de la moquette, trop stéréotypés, peu attachants dans l'ensemble (Swayze en frère crâneur remporte la palme, mais tous les seconds rôles en général sont affreusement simplistes). Il faudra attendre le Mickey Rourke de Rumble Fish (dont The Outsiders est un peu le brouillon raté) pour obtenir la figure mythique que Coppola cherche désespérément ici. Heureusement, les acteurs des rôles principaux sont un peu plus réussis, surtout, il faut le reconnaître, grâce à leur photogénie : Matt Dillon, surtout, cabotine bien, on le sent déjà très physique et intérieur en même temps.
Il y a parfois, pendant quelques secondes, une jolie idée (l'eau d'une fontaine qui se teinte du sang d'un gars qu'on poignarde, la pluie qui tombe sur une bataille collective, quelques plans de campagne plutôt réussis), mais dans l'ensemble, c'est poussif et vraiment caricatural. Un film qui porte bien son nom : on est définitivement dans la seconde catégorie de la filmographie du grand Francis.
Commentaires sur Outsiders (The Outsiders) de Francis Ford Coppola - 1983
- Un avis opposé :Lu sur http://ecrits-vains.com/cinema/raucy12.htm :

« A travers des sentiments simples, Coppola évoque les interrogations d'une jeunesse encore proche de l'enfance, imitant maladroitement les postures agressives du monde viril. Ces thèmes n'ont rien de très nouveau, mais la facture du film, parfois proche du chromo, hésitant entre le mélodrame et la tragédie shakespearienne, stylise ces stéréotypes et les dépasse du même coup. Derrière les couchers de soleil saturés de couleurs et les naïvetés de la littérature adolescente se laissent voir les ténèbres qui guettent les enfants perdus, et qui finiront par les happer. Eloge de la beauté, peinture d'un monde menacé par la noirceur et la mort, The Outsiders parvient à sublimer ses lieux communs en une sorte de parabole exemplaire. »
Bon, c'était mon dernier commentaire , rassurez-vous . Et je vais de ce pas mettre votre blog dans mes favoris .
Bonne journée ! - Merci, Daniel, pour ce petit texte très joli. Je continue à penser que le film est raté : ce que dit votre extrait de texte est sûrement ce que Coppola a voulu faire ; mais pour moi, le résultat concret est moins beau. Il réussira bien mieux avec Rumble Fish, autrement plus personnel.

Quant à Peggy Sue, il est dans ma pile de films à voir, je ne peux pas encore me prononcer. Rendez-vous bientôt !
Merci pour le lien. Longue vie.


















