29382Au milieu des 16337 films de Huston, il y a forcément des choses plus oubliables (mais peu quand même) : Heaven Knows, Mr Allison est assez mollasson, copie paresseuse de ce que le gars sait déjà faire. C'est vrai qu'à partir de la fin des années 50, on a l'impression que Huston n'a plus grand-chose à prouver et qu'il ne se prive pas pour lever souvent le pied. On n'aura plus droit qu'à une petite dizaine de chefs-d'oeuvre, et celui-là n'en fait pas partie.

Un Marine (Mitchum), suite à une attaque des Japs, se retrouve sur une île du Pacifique uniquement habitée par une nonne (Deborah Kerr). Ce couple improbable va devoir s'armer contre l'adversité (ça va d'une chasse à la tortue sauvage à l'invasion d'une armée de Japs), et va développer de mignons petits sentiments. Entre respect de la robe et amour naissant, lui va découvrir en lui sa part de douceur ; entre admiration et respect, elle va découvrir en elle le doute. Bien. On pense immédiatement au fameux couple d'African Queen, dans cette façon étonnante de filmer un duo sans crise : le soldat et la nonne filent la parfaite histoire, sans dispute, en s'aimant sans nuage. C'est dieu_seul_2007d'ailleurs un peu le même rapport que dans le film de 1951 : la virilité qui se fait tendresse face à la fragilité. Autre motif identique : le rapport à la nature, et la tentation d'un eden naturel loin du chaos du monde. Adam et Eve sont cités dans le film, et on sent quelques tentations de faire de cette historiette une allégorie sur la naissance de l'amour en milieu sauvage.

Mais la comparaison entre les deux oeuvres n'est pas à l'avantage de ce (faux) remake : ici, on s'ennuie un peu devant l'absence d'évènements vraiment intéressants. Filmer l'entente parfaite entre homme et femme ne donne décidément pas un bon film. Mitchum a beau multiplier les séances de rampage au milieu du camp japonais ou boire la tasse toutes les 2 minutes, ça ne décolle pas, ça manque d'aventure. Même côté sentiment, c'est assez fade : la déclaration d'amour du soldat arrive comme un cheveu sur la soupe, sans que Huston n'ait pris le temps de faire monter la sauce, de filmer les étapes de ce sentiment. On dieu_seul_2005a l'impression que le cinéaste se fiche un peu de ce qu'il montre, se contentant de filmer honnêtement et sans bravoure ce scénario attendu. D'ailleurs le couple ne fonctionne pas, malgré la tournure très mignonne que la scénario lui fait prendre : les comédiens ne semblent pas sur la même longueur d'onde, on ne croit pas à cette complicité. La nature est, pour la seule fois chez lui, reléguée au rang de payasge de carte postale, idyllique certes mais sans caractère (où sont les animaux de African Queen ou de Roots of Heaven ?). Huston s'est endormi sous les palmiers, il en a bien le droit, le bougre, mais il nous endort avec.