p9_w434_h_q80Voilà un film qui m'est littéralement sorti par les yeux, l'archétype de ce que je déteste dans la production américaine : le Film Concerné et Sensible. Passer deux heures à regarder Kidman contempler en rêvant le cadavre d'un petit oiseau ou Meryl Streep sourire gravement devant la dureté de la vie est à peu près ma description de l'enfer. The Hours est abominable, je le dis en étant sincèrement désolé pour l'équipe de ce film, apparemment désireuse de nous faire un portrait de l'âme féminine dans toutes ses nuances. Qu'est-ce que vous voulez, j'ai l'impression parfois d'être un infâme mâle insensible, mais je n'adhère pas à ces numéros d'actrices inspirées, à ces minuscules variations de sentiments et à ces tourments profonds.

p2_w434_h_q80Le film marche sur les traces de Virginia Woolf (tiens, une autre de mes hantises), mais prend bien vite des chemins plus cartlandesques, à travers ces portraits croisés de trois femmes face au désarroi du couple et de la vie. 1923 : Kidman/Woolf souffre, puisqu'elle est écrivain, et s'enfonce dans une douce folie que personne ne comprend ; 1951 : Julianne Moore, en lectrice de la précédente, souffre, puisqu'elle est mère et épouse, et songe au suicide et au meurtre de son gentil mari ; 2001 : Streep souffre, parce qu'elle est femme, et pique sa crise devant ses fourneaux en agitant les bras dans tous les sens. 2009 : Gols, en spectateur innocent, souffre de voir de bonnes actrices perdues dans ce mélodrame larmoyant, et souffre surtout de ne comprendre goutte à ces malheurs pourtant visiblement profonds. Si Kidman et Moore s'en sortent sans trop de dégat, Streep rivalise de grimace avec les plus grands clowns, et massacre les quelques qualités du film : un vrai attachement pour les acteurs, une façon de raconter intéressante, une jolie lumière (surtout dans la partie 50's). Elle n'est d'ailleurs pas la seule à pâtir de ces excès lacrymaux imposés par Daldry : le grand Ed Harris est hilarant lui aussi en poète maudit malade du sida, et je vous laisse imaginer ce que ça donne quand les deux se rencontrent, rangez les objets fragiles, ça s'agite méchamment. Il faudrait parfois couper les mains des acteurs américains, ça leur éviterait d'en faire un usage si hystérique.

Même Philip Glass, appelé à lap6_w434_h_q80 rescousse pour ajouter une couche de sensiblerie à cette meringue déjà bien grasse, tombe dans des pièges qu'il avait su jusqu'alors éviter : sa musique est mièvre, sur-explicative, une pâle copie de ce qu'il sait faire. Quant à la mise en scène, inexistante, elle ne se contente pas de filmer ces visages, ce qui aurait été un pis-aller : elle multiplie de mystérieux inserts très courts sur les objets usuels (une clé dans une serrure, un oeuf qu'on casse...), sans nécessité, et dope le montage par des plans systématiquement trop courts qui démentent complètement le propos. Renseignements pris, Daldry est aussi le réalisateur de Billy Elliott, est-il besoin de rajouter quoi que ce soit ?