09 février 2009

Honor de Cavalleria (2006) d'Albert Serra

1Lorsque certains films s'achèvent, c'est un réel soulagement. Honor de Cavalleria fait malheureusement partie de ceux-là. Les errances du Quixote et de Sancho dans la nature avec une trame réduite au strict minimum (moins, le film devient un trou noir), cela m'ennuie presque plus que de retourner au taff dans 15 jours, c'est dire : Q & S fixent l'armure (15 min), Q & S se baignent (12 min), Q & S mangent des noix (4 min),... Terrible, on ne sait si cela se veut naturalissime, zenissime, becketissime ou existentialissime mais personne ne m'enlèvera de l'idée que c'est chiantissime. Je ne comprends point que l'on puisse autant s'extasier devant un film qui passe son temps à filmer des feuilles qui tremblent (Weerasethakhul a trouvé son cousin hispanique, au secours); comme si cela devenait une gageure dans le cinéma contemporain de n'avoir aucune idée un tant soit peu captivante ou attachante (un genre de "Nouveau cinéman", suivez mon regard...) - je ne dis même pas "divertissante" tant cela sonne comme un gros mot pour ces avant-gardistes du vide. Q & S s'emmerdent comme des rats morts, les spectateurs aussi, bravo, ça c'est de la catharsis (Mais je m'emballe, je vais encore devenir méchant) ... Au niveau de la forme, je reste de la même façon assez consterné : que Serra soit fauché, c'est une chose (faire un court-métrage m'aurait sûrement moins énervé mais passons); il semble tout de même, techniquement, avoir certains moyens pour soigner la plupart de ses plans...  Néanmoins, hum, alors que dans ce genre de film, la caméra se doit d'être la plus discrète possible pour ne pas ruiner l'ensemble du projet (si jamais on veut bien fermer les yeux sur le côté artificiel du bazar), il y a parfois de légers flous (oups, ma mise au point), des variations de lumière entre deux plans au sein d'une même séquence (oups mon montage), des cadres très approximatifs (il débute, le cameraman, soyons honnête...) qui font lâcher deux trois "ouh-la" de surprise terrible entre deux bâillements... Bon, c'est clair, brisons-là, je n'ai vu que les défauts et ne suis pas rentré un millimètre dans ce film, qui se prend aussi horriblement au sérieux - l'Art, c'est sérieux monsieur, si on veut chopper des prix (rendez-moi mon baril de Hal Hartley, je préfèrerais toujours sa pointe d'ironie vis-à-vis de tels poseurs). Si Guerin fait preuve d'une intelligence rare, Serra fait preuve d'un manque d'inspiration grave. Vraiment point ma tasse de sangria - maintenant chacun peut trouver certains cadres sublimes ou l'histoire passionnante (roh, franchement?), mais là je passe mon tour, désolé, po pour moi.

Posté par Shangols à 06:22 - - Commentaires [9] - Permalien [#]



Commentaires sur Honor de Cavalleria (2006) d'Albert Serra

    Que Serra, Serra

    Donc... "un réel soulagement", "un trou noir", "du chiantissime", "manque d'inspiration grave", et surtout ce merveilleux "rendez-moi mon baril de Hal Hartley. Vous m'avez fait pleurer de rire, Shang ! Vous allez me trouver shtarbé (je le suis, eh oui), mais je suis TOTALEMENT D'ACCORD avec votre critique. Oui, Shang, à mon humble regard, c'est du Grand Vide Artistique (GVA), je voulais avoir tout simplement une confirmation. Autour de moi, tout le monde s'extasie avec Serra, et prononce les mots que j'ai moi-même répété, tout le monde adore le nouveau chou-chou de la Quinzaine; mais moi je n'arrive pas à comprendre (il m'arrive quelque chose de semblable avec Garrell), où est le jeu, le feu..? En effet, on est très loin de l'art conçu comme artisanat, comme méticuleuse construction, défi à l'imagination, et tout près de l'Art qui ne sait vivre que de la banalisation et de cercles vicieux, de prix et d'éloges absurdes (comme celui que j'ai formulé : c'est quoi un "cinéaste fou, brillant, complètement à part mais avec une approche hyper-singulière", cela ne veut strictement rien dire... et pourtant c'est ce que j'entends ici et là, et c'est curieux, c'est le genre de mots qui tentent, déclenchent le désir de connaître, bien plus que ceux utilisés pour les deux autres films, plus humbles mais plus sincères; relisez, cela se sent). Excusez-moi donc pour ce ptit mensonge (vous pouvez me jeter aux lions), cette petite tadjrebeh-expérience, mais il fallait à tout prix pouvoir le comparer à Guerin ; sinon, je vous assure que les deux autres noms sont deux très "sérieux" artistes, sans pourtant oublier le sourire d'âme de l'artisan qui prend au sérieux son travail... Cela dit, tout cela n'est qu'un humble point de vue, le mien, rien de plus.
    Allez, Shang, je te paye un baril, fait pas cette tête...

    Posté par Fayçal, 09 février 2009 à 11:52 | | Répondre
  • Conspiration

    Rhooo, Fayçal, si maintenant tu nous tends des pièges, ça va pas être simple. Bon, j'ai mis la main sur ce Honor de Cavalleria, mais vus vos commentaires à tous les deux, je me tâte pour le regarder. Vous faites la paire, sans déconner.

    Posté par Gols, 09 février 2009 à 12:31 | | Répondre
  • Le tartuffe

    Piège ou pas piège, divertimento ou jeu tordu, on peut lire la chose comme l'on veut ; mais soyons, de temps en temps, un peu "tartuffe", brisons les codes de conduite, jouons un peu avec la vie, les mots, les regards, les habitudes et les lieux communs de la cinéphilie. Qu'importe, si cela n'est finalement que du jeu...
    De toute façon, je n'exprime ici (je le répète encore une fois) qu'un point de vue personnel et qui, comme vous le percevez, ne se prend pas trop au sérieux. Peut être, Gols, vous ou quelqu'un d'autre finira par adorer ce film (j'en connais), pourquoi pas ? Cela n'a aucune importance, et doit être aussi valable qu'une lecture désenchantée. Finalement, on n'exprime qu'un positionnement face à la création et la production de films (très vague, peu argumenté, faut avouer) et vu le nombre de films et diversité d'approches, ce positionnement n'est pas toujours fixé à un seul endroit ou "point de vue", mais il est plutôt à géométrie variable, presque indéfinissable (qu'est-ce qu'on aime, aime pas, qui le sait avant de l'expérimenter..?).
    Personellement, je suis très touché par les cinéastes qui interrogent la frontière entre le réel et la fiction (Haneke, Dumont, Kiarostami, Rosellini, le Wenders de Nick's movie, Rouch, Depardon, Marker, Godard, Guerin, Bresson, Kawase, et un long etc..), bien que évidemment mon plaisir ne se reduit pas qu'à ceux-là. Mais cette recherche m'est très importante, et vous pouvez imaginer le pourquoi, pas la peine de m'expliquer.
    Bon, revenons à notre silence et à vos articles. Je sens que les lecteurs de Shangols vont trop m'en vouloir, et ils ont raison. Ça y est, je la ferme, parle plus moi.

    Posté par Fayçal, 09 février 2009 à 13:26 | | Répondre
  • La curiosité est un vilain...

    C'est vraiment de bonne guerre et j'apprécie plus que jamais, Fayçal, à la fois la démarche et la "suggestion"... C'est tortin mais cela permet aussi de débouter une certaine tendance cinéphilique qui porte aux nues des trucs parfois vraiment inconsistants mais super "in"... Je crois d'ailleurs que ce qui m'a mis le plus en colère c'est la lecture de critiques dithyrambiques - la plupart d'ailleurs émanant de journaux dits "sérieux" - qui s'extasient devant ce film... Sur le fond, on sait depuis longtemps qu'il faut souvent faire chiant pour justement leur plaire (comme si le cinéma se devait d'être élitiste (j'ajoute au passage que lorsqu'on me demande d'être curieux en allant voir "bienvenue chez les chti" après 20 millions de Français, je trouve cela aussi stupide, mais passons)) mais le problème de Serra est aussi un problème cuisant de forme (inattaquable guerin de ce point de vue là, ne mélangeons pas les... ouais) qui fait grincer des dents - d'un point de vue, je tiens à le préciser, techniquement parlant, purement amateur... Bref, il est de saine colère comme on dit. Cela m'a presque poussé à voir dans la foulée un Truffaut - comme une volonté de revenir à la base, loin de ces sentiers cinématographiques vains.

    Posté par Shang, 09 février 2009 à 16:28 | | Répondre
  • Techniques

    Je m'excuse d'insister sur ce dialogue, Shang -on parle cinéma, finalement, c'est beau, non ?-, mais je voudrais rebondir sur un seul aspect mais qui m'est particulièrement cher et que vous avez nommé de passage. Je parle de l'expression "techniquement (...) amateur" ou d'autres qu'on peut imaginer et qui font allusion à un certain amateurisme dans la forme. Je suis d'accord qu'il vaut mieux maîtriser la technique, mais il y a bien d'exemples (justement parmi ceux-là que j'ai cité un peu plus en haut) de cinéastes qu'il n'ont pas eu besoin, à un moment de leur production, d'avoir cette maîtrise pour faire passer leur art (en miniscule), ou leur regard cinématographique, voire même créer des nouvelles issues. Si on pense à certains, je dis bien certains, pas tous, films de Rouch, Kiarostami, Kawase, Caouette, Cassavettes, le Wells de Fake, ou le 1er épisode de La Dame des Bois de Pialat, etc, là n'est point affaire d'une technique parfaitement mise au point, mais hélas, il savent donner vie à chaque plan, et surtout à la relation que chaque plan noue avec les suivants, et le fil que tout cela crée chez le spectateur; ils savent créer un espace, faire jouer des éléments à son intérieur, ou suivre simplement un devenir hasardeux. Tout ceci se fait dans le contexte d'un 'sujet' qu'ils abordent (je préfère ce mot à 'histoire'), et donc dans lequel tout les éléments qui font le film doivent être justifiés selon les règles que ce film s'est donné à lui-même avec le sujet, son contexte, et le point de vue adopté choisis. Donc, à mon avis, le plus important est cette capacité à ne pas manquer le verbe, le langange cinématographique, beaucoup plus important que avoir un technique irréprochable (il y a pas mal de trou noirs dans ce camp-là ; et il y a ceux qui n'ont pas trop de moyens pour y arriver) ; ce langage cinématographique existe bel et bien, et ce n'est point affaire de gore, art et essai, western ou peuplum, tout se vaut si on sait 'parler' (d'ailleurs je crois que ce site en est la preuve). Ce langage reste donc toujours ouvert à toute sorte de style et d'approche, mais il faut le travailler... c'est comme avec les mots, on est toujours ouvert à des nouvelles expérimentations, ou de formes récit innovantes ; mais comme disait Buñuel à Carrière, dans le 'contexte' de préparation de Le Fantôme de la Liberté : "Cher Jean-Claude, pour ce film on peut faire n'importe quoi, sauf... n'importe quoi". Voilà un peu.
    Veuillez excuser la faiblesse de mes arguments, mais c'est une passion, avec tous les défauts d'une passion, ne faites pas trop attention...

    Posté par Fayçal, 09 février 2009 à 21:12 | | Répondre
  • La Dame...

    Oups... Maison des Bois et non pas la Dame du Bois... N'empêche, qui est ce mystérieux spectre si séduisant qui s'est imposé à moi sous forme de lapsus... où vous vous cachez, tendre Dame des Bois... C'est incroyable, les jeux de l'esprit...

    Posté par Fayçal, 09 février 2009 à 22:42 | | Répondre
  • pasSerra

    C'est compliqué comme une série américaine votre fil.... !
    bon vous ne devez pas être (trop) contemplatifs peut-être...?
    En tout cas d'accord sur le fait que les critiques encensent souvent à tort et à travers, mais là pour moi ce n'est pas le cas.
    Quant à la technique, je ne peux vous suivre.... Le talent a peu à voir avec la technique.. Ou alors il faudra faire la fine bouche devant un 'défaut' de perspective dans un chef-d'oeuvre de la peinture, etc...

    Posté par patience, 19 février 2009 à 00:16 | | Répondre
  • Le vide plein

    Contemplatifs... le mot juste.

    Prenant seulement un film. Cinq plans séquences de Kiarostami accueillant 'seulement' un bout de bois qui enfante un autre et part avec la mer, un fragment de rue sur mer où seuls les colombes et les amis s'arrêtent là où K regarde ; des formes mystérieuses qui deviennent des gentils chiens dans une plage qui devient peu à peu une image, une longue rangée de canards qui "suivent le chemin qu'on leur a dit" et se rendent comptent, à bout de chemin, qu'il n'allaient nulle part ; la nuit et la symphonie de l'univers, qui relie le tout en un, tout cela, pour ne citer qu'un seul film et humble film, très peu téchnique, fait de cinq plan ultra-contemplatifs, mais d'une beautée infinie, cosmique, le comble du simple et du complexe, l'harmonie que seul un artisan qui s'est laissé la peau peut se permettre, et tout cela pour nous rappeler la vie. Contemplatifs du feu, de la vie, et non pas du vide, du néant (bien que le vide soit à l'honneur dans Five, mais c'est un autre type de vide, un vide plein, les livres de sages d'orient en savent quelque chose. Ozu, à qui est dédié le film, aussi)

    Mu

    Posté par Fayçal, 19 février 2009 à 02:24 | | Répondre
  • Je referme la parenthèse

    Ah, une petite précision parce que je sens qu'on ne parle pas de la même chose: pour moi le film de Serra est tellement prétentieux dans le fond (se prend très au sérieux, le bougre, pour po raconter grand chose)qu'il se doit au moins, dans la forme, d'avoir les mêmes exigences, de ne pas faire des plans d'amateur(ou alors il redescend de son trône et arrête de se prendre pour un génie). Pour être plus clair, quand on voit un micro dans le champ chez Cassavetes, on s'en fout royalement tant l'image est pleine de vie; on peut aisément fermer les yeux devant ce genre d'intrusion tant l'on est absorbé totalement par le film. Quand on a strictement rien à dire mais qu'on se veut plus profond que les grottes de Lascaux, on se doit au moins de ne pas faire le mariole avec la caméra (ce qui m'a énervé, chez Serra, c'est que la plupart des critiques qui trouvent ça "génial", sans avoir rien à dire, loue "la beauté des cadres", etc... Je suis désolé mais le film est bourré d'imprécisions techniques qu'aucun critique n'a vraiment pris la peine de relever). Voilà, c'est tout, pas-serra plus par moi, c'est clair.

    Posté par Shang, 19 février 2009 à 04:15 | | Répondre
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