18961715_w434_h_q80Voilà un petit bonheur de classicisme sans fioritures, qui se moque comme de son premier colt de la modernité, et qui touche droit au but. Harris fait preuve d'un amour immodéré pour le western dans ce qu'il a de plus codé, mais parvient à faire d'Appaloosa un objet nostalgique privé de tout académisme. Tous les motifs de la bonne vieille old school y sont, ni plus, ni moins, mais le film ne sent jamais la poussière ou la sénilité. A l'instar du Eastwood de Pale Rider par exemple, cette confiance dans l'éternité du genre fait plaisir à voir.

Le couple formé par Ed Harris et Viggo Mortensen est tout simplement sublime : verbe rare, chacun s'appuyant sur l'autre dans une admiration réciproque, venus d'on ne sait trop où et repartant vers on ne sait trop quoi, leurs numéros d'acteurs sont éblouissants, et ils rentrent immédiatement dans la légende des grands duos de we18961708_w434_h_q80stern. Les plus belles scènes ne sont d'ailleurs pas leurs (rares) morceaux de bravoure, mais les simples conversations autour des femmes. A ce petit jeu, Mortensen est le plus parfait : dévoilant avec une immense finesse sa sensibilité, déployant un jeu qui allie désespoir et humour, il maîtrise avec génie le moindre détail de son personnage, et devient petit à petit d'une profondeur magnifique dans sa relation avec son mentor. Ed Harris, plus classique dans son rôle de cow-boy sans peur, montre pourtant tout son talent dans cet amour impossible pour Renée Zellweger, salope innocente dont il est épris. Rien que le fait de voir jouer ces deux-là ensemble vaut dix fois le prix du billet de cinoche.

18961712_w434_h_q80Le scénario, solide et fun, fait le reste, grâce à des seconds rôles qui tiennent la route : des méchants dangereux, des putes au grand coeur, des citadins pleins de lâcheté, des vieux sherifs tout couverts de poussière, c'est passionnant. D'une discrétion totale, la mise en scène est efficace, au taquet, sans effet, et le tout vous replonge dans vos bonnes vieilles soirées de "La Dernière Séance". Un film qui ne va pas plus loin que le divertissement le plus agréable et qui ne prétend à rien d'autre : du professionnalisme rugueux et humble. Immanquable. (Gols 10/11/08)


Très belle complicité en effet entre un Ed Harris qui s'Eastwoodise avec l'âge (dans l'un des premiers plans, il apparaît avec un visage parcheminé qui ferait presque frémir) et un Vigo Mortensen qui est définitivement sorti bien vivant de The Lord of the Rings : si Vigo vit en quelque sorte à travers son mentor, il en connaît aussi toutes les faiblesses (la façon dont il le canalise, pleine de force tranquille, quand le Ed, un peu soupe au lait, pris de court lors de son premier échange face à la Renée, se jette sur le premier pilier de bar venu jurant au comptoir); beaucoup aimé les petites hésitations linguistiques du Ed qui compte toujo2008220853urs sur son Vigo pour le corriger, le remettre sur le droit chemin. Les deux font la paire et c'est en effet la grande satisfaction de ce western plein de classe. Harris, cinéaste, limite au maximum les poncifs - un échange avec des indiens plein de respect mutuel, un méchant à l'oeil torve avec des acolytes forts en gueule mais loin d'être aussi futés que ça, une Renée aux moeurs très légères plus opportuniste que calculatrice... - et nous gratifie d'un duel final, concis, Léonien dans les rapides échanges de regards, avant une conclusion Luckylukienne (admirez mes références westerniennes) qui passe comme une lettre à la poste. Harris a parfaitement compris que les meilleurs westerns sont ceux qui sont bien écrits et quelques dialogues sont savoureux à souhait (- This is the Law / - This is your law / - It is the same thing...) Ah la belle époque où on pouvait compter sur des forces de l'ordre bourrées d'une vraie morale, éprises de justice - on pourrait presque déceler à travers ce film du Ed et ce retour à un genre tombé en désuétude, la nostalgie d'un temps définitivement révolu où la loi du plus fort coïncidait avec la loi du plus juste. Bref en un mot Appaloosa fait date dans un genre qui renaît de temps en temps de ses plus belles cendres. (Shang 06/02/09)