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Première version du mélo tire-larmes adapté ensuite, en couleurs, par le bon Douglas Sirk (c'est ici, avec en prime un résumé de l'histoire). Peu de changement au niveau de la trame (la consultation des spécialistes, pour l'opération des yeux de la pauvre héroïne devenue aveugle, ne se fait pas en Suisse mais en France (on était encore célèbre à l'époque): la production et le décorateur se lâchent leur mère en signant, en studio, une vue sur la Seine qui ferait passer Les Amants du Pont Neuf pour un jeu de Lego)): on retrouve ce même couillon de Bob Merrick, au départ, qui va se transfigurer (même recette Amélie Poulainesque : il décide de tout donner aux autres en restant dans l'ombre, cool) pour les beaux yeux d'une femme (Helen - Irene Dunne, pas mal) qui a donc perdu la vue (réplique la plus balotte du film lorsque les docteurs annoncent à notre belle Helen que l'opération est impossible : "I see", she said - ben nan, justement). Il a certes de quoi se sentir un peu coupable le bougre (pas tout blanc dans la mort du mari d'Helen ni dans l'accident qui met cette dernière dans le noir) mais sa dévotion par la suite est bonne comme du bon pain. Ce qui l'est moins, bon, c'est l'acteur, Robert Taylor, qui joue véritablement comme un cochon. Que sa tronche ressemble au type qui fait la pub pour le dentifrice Darling, passe encore, que ses yeux aient l'air maquillés comme s'il sortait d'un film muet, pourquoi pas, mais qu'il soit aussi peu crédible du début (quand il joue au clown, affreux, il roule des yeux comme un dragon chinois) à la fin (quand il devient docteur et sérieux comme un pape, il arrête de cligner des yeux, regarde droit devant lui, hypnotisé le gars, et marche comme une momie) ça frôle la performance; je n'ai pu m'empêcher de le mater pendant tout le film (ça pourrit un peu le bazar) quand les autres acteurs disent leur réplique : affreux, le type est absent, on sent qu'il se concentre uniquement sur son texte... D'ailleurs tant que je suis à balancer, un oscar d'honneur également pour le pire costume du cinéma avec la tenue de la fille d'Helen, Joyce, à Paris (un genre de sac à patate avec une couture toute pourrie dans le dos) et un oscar pour les "effets spéciaux" à deux balles dans la salle d'opération, à la fin : l'un des chirurgiens, dans le fond de la salle, est un mannequin, je veux dire, un truc en cire, po vrai quoi... ils manquaient d'extra??? - incrrrrredibeuuule!!!!. Bon après cela, j'aurais un peu du mal à avouer que je suis totalement rentré dans le film et que je fus totalement ému... Impossible, trop nase ce Robert Taylor qui parvient même à rendre la dernière séquence, normalement à mourir d'émotion, absolument ridicule (faut dire que le bonnet blanc sur le crâne de l'Helen n'aide pas non plus). Bref, po dedans, c'est ça, juste impressionné peut-être par ces fameux décors parisiens ainsi que par l'accident d'Helen, superbe trucage qui va à trois mille à l'heure. Sinon, point ma cup of tea. 

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