A la recherche de la Sylvia (dans le titre)/Sylvie (dans le film) perdue(s), les deux prénoms se confondent comme si finalement notre bon héros au regard bleu si doux (certains parlent d'un personnage de Courbet, moi plutôt à l'ami Jean-Phi perdu en Amérique du Sud, chacun ses références) était tout simplement à la recherche de la femme. C'est à la fois vertigineux (Hitch, toujours) et simple comme bonjour, certains en auraient fait un court-métrage, Guerin en fait un long d'une limpidité et d'une luminosité exemplaire.

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L'histoire est simple, sur le papier, elle pourrait tenir en deux lignes si j'avais le sens du résumé et n'était point adepte des parenthèses : un type à la terrasse d'un café, celui du Conservatoire de Strasbourg, observe des jeunes filles, les croque (du regard, sur le papier, comme vous voulez) en suit une. Celle qu'il recherche, une autre, est-ce vraiment important...? Il la rencontre, lui parle, c'est un "désastre", l'un des rares mots susurré des dialogues. Oui, mieux vaut parfois se taire. Il revient finalement dans le même bar où il avait déjà croisé la fille qu'il recherche, fait de nouvelles rencontres, se prend des vents, ah non tiens, pas forcément. Une nuit guerinienne avec des ombres qui se reflètent sur les murs (mais ouais, j'en avais déjà parlé pour Le Spectre du Thuit si vous suivez un peu...), on ne sait trop dans quel monde notre héros se projette, quelle femme il a en tête, le lendemain il repart en quête...

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Quiconque n'a jamais tenté de se saisir d'une caméra en croyant que le cinéma c'était juste une question d'images captées au hasard ne peut se rendre compte de l'extraordinaire sens de la mise en scène, de la beauté des images, de la luminosité, du montage des sons,... dont fait une nouvelle fois preuve Guerín. La posture du personnage principal peut parfois un peu agacer, certains plans captés soit disant "sur le vif" sont à mon goût un peu trop esthétisés, artificiels presque - limite pub pour être méchant (notamment vers la fin du film, ces images de donzelles alors que notre héros reste collé sur le banc de l'arrêt de bus - mouais) mais ce serait un peu dur de limiter le film à ces quelques fausses notes mineures. Toute la première heure du film est solaire, joue sur les regards avec une intensité rare, capte les mouvements avec une véritable grâce, est aussi fluide qu'un flan de ma femme (vous goûterez si vous passez à la maison, vous verrez ce que je veux dire). Le cinéaste, à travers le regard que pose sur son entourage son personnage principal, capte, comme jamais, la nuque soudainement découverte d'une jeune fille, un sourire volé au temps, un geste de découragement, le mouvement muet de lèvres vues de loin. La poursuite qui s'organise ensuite dans la bonne ville de Strasbourg (plus besoin d'y aller, ces images sont une vraie visite qui rend compte de l'atmosphère printanière du lieu) est un régal pour les yeux. Guerín pose parfois sa caméra au coin d'une rue, le temps de saisir les allers et venues de ce jeune homme aux trousses (au trousseau... disons la jupette alors) de cette jeune fille, mais continue de laisse tourner sa caméra comme si l'essentiel était ailleurs, comme si chaque personnage  de cette ville (on retrouve de façon récurrente certains individus, un fleuriste, une pochtronne...) avait sa propre histoire.

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Alors même que notre héros tente de retrouver le fil/la fille de son souvenir, de remonter le film de son "aventure" - il n'avait fait que croiser cette fille qui l'obsède six ans plus tôt -, Guerín filme dans le reflet des vitres des tramways d'autres images qui défilent, qui se superposent, autant d'instants finalement purement cinématographiques - cadres dans le cadre, mouvement perpétuel, "impressions" que l'on tente vainement d'enregistrer, images floues qui évoquent le passé, d'autres pistes. Bref, il ne tient qu'à vous de vous laisser prendre par la main, d'ouvrir vos sens, pour ce petit voyage dans l'essence même du septième art. Mouais bien plu, moi.