K2210_15_galerie

Opus beaucoup moins cru d'Oshima après L'Empire des Sens, comme s'il s'était assagi au niveau de l'image, de l'attraction des corps, pour plus se concentrer sur les sentiments qui lient les deux êtres, au delà de tout, même de la mort - les titres français sont explicites en soi, merci. Le film se traîne tout de même un peu en longueur une fois le crime commis et il faut attendre quelques séquences sur la toute fin pour terminer à demi-convaincu par ce film.

18844753

Seki est mariée à son Gisaburo, pousse-pousse de son état. A peine a-t-il franchi la porte après une dure journée de labeur qu'elle l'arrose d'eau de vie, lui prépare un bon bain chaud, le masse et... ah ben rien, le gars dort déjà. La journée, elle reçoit la visite de Toyoji, un moustachu un peu déguingandé qui branle po grand chose de ses journées depuis le retour de la guerre (on est en 1895, je dis ça pour situer). Gisaburo n'est point vraiment jaloux et plaisante avec sa femme sur sa fréquentation du jeune Toyoji; elle se gausse, sait très bien qu'elle a 26 ans de plus que lui - elle ne les fait point, la bougresse - mais cela lui met la puce à l'oreille - erreur du mari, on rit point de ces choses-là. Bref, un jour le Toyoji craque, saute sur Seki qui oppose une courte résistance. Lors d'un tête-à-queue de toute beauté - la position des corps l'un à côté de l'autre, rien de sexuel, vous me prenez pour qui? -, les deux amants plaisantent sur leur différence d'âge (ils sont justement à deux âges opposés de la vie) et le Toyoji d'avouer qu'il est jaloux du mari... C'est le monde à l'envers, ma bonne dame, mais l'idée d'assassiner Gisaburo est lancée. De fil en aiguille, le projet fait son chemin et ce dernier, après une murge carabinée, termine une corde autour du cou, étranglé par les deux amants et jeté dans un puits. Le problème au Japon, c'est que les fantômes n'en finissent jamais de hanter les consciences...

K2210_10_galerie

Forcément, ça passe un temps de dire que son mari bosse maintenant à Tokyo, mais au bout de trois ans, les villageois commencent à cancaner. Le fantôme de Gisaburo refait son apparition devant une Seki terrifiée et ne tarde point à s'immiscer dans les rêves des villageois. Toyoji est, lui, surpris à jeter des feuilles mortes dans le fameux puits et malgré la prudence des amants, la pression augmente... Ce qu'Oshima réussit parfaitement à illustrer lors d'une magnifique séquence au fond du puits, c'est à quel point cette passion qui les lie mène les deux amants jusqu'au fond du trou, au bord de la folie douce. On a même droit un plan sur un oeil digne du Chien Andalou (sans parler de la main de Toyoji mordue jusqu'au sang par Seki, L'Age d'Or continue de faire des émules), comme pour montrer "l'aveuglement" de Seki à consommer jusqu'au bout cette liaison. Oshima filme de façon finalement très pudique les ébats, les deux amants sortant parfois du cadre qu'ils laissent totalement vide pendant plusieurs secondes, comme si leurs désirs dépassaient l'entendement. Bon pour le reste, il faut reconnaître que le film va son petit train sur un rythme un peu lancinant et malgré une photo très colorée qui enregistre superbement le passage des saisons, quelques plans comme ceux pris du fond du puits illustrant la menace de Gisaburo dont le regard, même après sa mort, ne lâche point les deux comparses, on décroche peut-être un poil en route. Oshima, en tout cas, jusqu'au bout, n'en finit point d'explorer les relations intimes entre Eros et Thanatos. Intéressant et soigné à défaut d'être absolument... passionnant.    

K2210_13_galerie