spirit_beehie_1_Je me demandais pourquoi ce film dès les premières images me faisait penser à Cría Cuervos... Forcément c'est la même jeune actrice, Ana Torrent, dans les deux films, j'suis pas fou quand même.

Les deux enfants sont dirigés avec une subtilité et un naturel loin des petits animaux savants américains qui à 5 ans ont déjà tout lu Stanislavski. Tout le charme du film opère autour de ces deux bambines, l'une jouant à fantasmer, l'autre faisant les frais des fantasmes de sa grande soeur et passant de l'autre côté du miroir. Rarement l'imaginspirit003photo_1__1_ation et les peurs d'un enfant ont été aussi bien traduites en image, le réalisateur gommant peu à peu le monde des adultes pour laisser la place aux rêves d'Ana. Après avoir vu Frankestein au cinéma, la grande soeur s'amuse à faire croire à sa petite soeur que ce dernier existe puisqu'elle l'a rencontré dans une maison abandonnée. Retournant sur place en solitaire, Ana rencontrera un soldat déserteur (nous sommes en Castille en 1940) et face à la brutalité de ce dernier - il sort automatiquement son flingue -, elle lui tendra une pomme (oui bon dit comme ça c'est un peu couillon, faut le voir chez soi - Erice ne tombe jamais dans la mièvrerie, au pire dans le miel). Elle croisera également lors d'une fugue le vrai Frankenstein (Francostein), Erice faisant un remake beaucoup moins tragique que l'original.

spirit_beehive_1_On peut bien sûr essayer de déceler en filigrane une réflexion politique (de la guerre civile espagnole au franquisme): dans cette maison isolée (abandonnée du reste du monde) aux fenêtres grillagées en forme d'alvéoles grouillent également de petites vies silencieuses, chacune semblant avoir son secret (la mère écrit à un ancien amant, le père semble obsédé par la vie des abeilles, recopiant nuit après nuit les mêmes phrases dans son livre...). L'atmosphère générale étant comme teintée d'un voile de tristesse. Mais l'essentiel demeure la réussite d'Erice à nous faire toucher du doigt un monde que tout le monde à tendance à oublier : celui de l'enfance où le moindre bruit la nuit est un monde en soi. (Il fait gris ce matin, faut pas m'en vouloir)   (Shang - 08/09/06)


Pas vraiment ma tasse de thé, pour ma part. Je reconnais la précision de la direction des deux gamines, je reconnais également ce talent pour retranscrire l'imaginaire de l'enfance, et applaudis devant la vision d'Erice par rapport à cet univers :YGP3C2 être enfant, pour lui (et il a sûrement raison), c'est affronter un monde opaque, violent, mélancolique, solitaire, dont on ne peut s'évader qu'avec la force de l'imaginaire. Il y a, comme dans Le Labyrinthe de Pan dont ce film est très proche, une belle réflexion sur l'imagination opposée à la réalité, cette dernière remportant inéluctablement la mise sur la première. La petite Ana voudrait absolument que le monde ressemble à ce qu'elle rêve (fantasmes déclenchés par le cinéma, d'ailleurs, puisque c'est lors de la projection de Frankenstein qu'un nouvel univers intérieur s'ouvre en elle) ; mais le morne monde qui l'entoure, empiré par ces années post-franquistes guère réjouissantes, aura tôt fait de la ramener dans les rails qui conduisent à la maturité. C'est donc un bien joli sujet, traité avec finesse et exigence par Erice.

Mais je reste quand même moyennement convaincu devant ce récit plein de trous et de non-dits, qui a tendance, à la longue, à devenir soporifique. La faute à trop de symbolisme, sûrement, à une application un untitledpeu voyante à brouiller les pistes pour mieux revêtir l'uniforme du cinéaste sensible. C'est beau, c'est intelligent, mais ça met aussi trop son point d'honneur à ralentir soigneusement ses rythmes, à étirer les plans jusqu'à l'absurde, à dissimuler tous les os pour ne garder que la chair. Du coup, le film est alangui, opaque avec roublardise, moins profond que ce que son style voudrait faire croire. Erice a du mal à se contenter du joli portrait intime de l'enfance qu'il réussit parfaitement ; il voudrait aussi jouer les Harold Pinter ibériques, et se plante à ce poste-là. Bien dommage : à force de vouloir faire compliqué au lieu de faire simple, il tombe dans l'expérimental un peu vain, et laisse dubitatif.   (Gols - 27/01/09)