TerminusCritique à l'arme lourde du régime militaro-répressif du règne Ceaucescu en même temps que fable de l'amour fou, Terminus Paradis est un petit film charmant et gentiment décalé qui fait son effet. Moins volontairement allégorique que d'autres films de Pintilie, il déroule sa trame quasi-linéaire avec simplicité, sur les traces de son personnage attachant de rebelle passionné par une jeune poupée. Après une intro ruizienne (un déserteur se fait canarder par la police et l'armée, laissant au passage quelques cadavres des deux côtés, sous l'oeil goguenard de la population locale), on passe vite au portrait de ce porcher au grand coeur, qui dès lors va devenir le seul centre d'intérêt de la caméra. Amoureux fou de Norica, adolescente promise à un gros beauf, son seul but va être de l'épouser, contre l'avis de tout le monde (son parvenu de père, son frère parti en Amérique à sa place, l'armée qui le réclame, et souvent la concernée elle-même), quitte à détruire la baraque de son rival à coups de char d'assaut ou à semer les macchabées derrière lui. Petite histoire jolie comme tout, d'autant paysage_1que les acteurs sont au diapason de cette simplicité, et que la mise en scène de Pintilie sait faire la part belle aux respirations (très beau dernier plan kiarostamien) et à l'humour. Certes, on regrette les trop gros traits de feutre quand il s'agit de critiquer le régime en place, et on attendait de Pintilie une autre subtilité pour parler politique. Mais la trame romantique se suit gentiment, et le film reste en tête comme une charmante récréation sans conséquence.