en_cloque_6Je découvre enfin ce fameux Judd Apatow qu'il est visiblement de bon ton de considérer comme un génie, et du coup je continue mon exploration récente de la comédie américaine du XXIème siècle. En Cloque, Mode d'emploi : sous ce titre français d'une poésie toute rimbaldienne se cache donc une petite chose sans conséquence sur la responsabilité et les affres de la procréation. Contrairement à ses homologues, qui cherchent quand même à pondre des scénarios élaborés, Apatow se contente d'une non-histoire : lors d'une soirée trop arrosée, Ben, ado attardé, met enceinte Alison. Et après ? ben rien, juste ça. On va suivre pendant plus de 2 heures (oui, il y a 45 minutes de trop) le difficile apprentissage du gusse pour devenir respectable, et de la donzelle pour reconnaître son amour envers ce nounours aux goûts douteux. Heureusement, au bout du compte, ces deux-là finiront par devenir un couple de WASP moyen, avec lit à barreaux à 1400 dollars et responsabilité parentale au taquet.

D'après ce qu'on m'avait dit de Judd Apatow, je m'attendais pour le moins à ce que le résultat soit plus trash. Là, on a bien droit à de bonnes vannes douteuses, à base de pets surtout, on a droit à une bande de copains régressifs assez marrante, on a droit à une peinture du couple contemporain parfois décalée, mais on a surtout droit à une vision hyper-coen_cloque_8nventionnelle de la société, où l'homme est forcément inconscient de sa charge et la femme forcément hystérique, mais où tout se finit dans le sourire béat du bébé trognon. Apatow serait un bon vieux petit-bourgeois que ça ne m'étonnerait pas ; c'est en tout cas l'impression qu'il donne en ne laissant jamais la part de mauvais goût de son film prendre sa place : toutes les tentatives en ce sens sont étouffées dans l'oeuf, pour développer une sorte d'esthétique romantico-mièvre des rapports amoureux. Quant aux vrais sujets qui fâchent (l'avortement, le refus de la parentalité), ils sont bien cachés dans l'ombre pour ne pas choquer l'adolescent béat vers lequel ce film est visiblement dirigé. On rigole souvent, c'est vrai, grâce surtout aux dialogues qui ne s'embarrassent pas de second degré, mais la layette du bébé reste immaculée jusqu'au bout. Ca, contemporain ? Ca, régressif ?