Sans_titreLa Flèche noire, c'est le roman idéal pour petits et grands. Si cette phrase définitive ne suffit pas à vous faire vous ruer à la librairie immédiatement, sachez donc que ce livre délicieux est LE livre d'aventures par définition. On y trouve, bien rangés dans le bon ordre, tous les éléments du genre : de l'amour, de l'action, de l'histoire, des méchants très méchants, du suspense, du sexe (ah non, pas de sexe, zut). L'action se déroule pendant la guerre des deux Roses (voyez ?), et on suit les aventures de Dick Shelton, jeune écuyer au grand coeur tout chaffouin devant sa donzelle enlevée par l'immonde seigneur des lieux. Il va décôcher moult flèches, assaillir force châteaux, déjouer mille pendables pièges, frôler cent fois la potence et s'acoquiner avec maints bandits pour conquérir la belle, tout en restant droit dans ses bottes niveau conviction et loyauté de coeur.

Rien de nouveau sous le soleil saxon, c'est vrai, mais comme toujours, le Stevenson transcende tout ça par son utilisation impeccable des rythmes : c'est tout simplement haletant à chaque page, même si on sait parfaitement que le héros va s'en tirer sans un défaut dans sa mise en pli alors que le méchant sera défait comme un con. On ne sait pas comment ça tient, ayant l'impression d'avoir lu ce genre d'histoire des tonnes de fois, mais ça tient : l'action est sans cesse relancée, les personnages sont attachants en diable, la bravoure des actes et la qualité des dialogues finissant de faire monter la pâte. Stevenson excelle surtout dans les vastes descriptions de paysages, et dans celles des combats : toute la dernière partie, un carnage d'hommes et de chevaux recouverts de flèches, est envisagé comme un immense tableau infernal, magnifiquement porté par l'ambition de l'auteur, vocabulaire foisonnant, beauté des rythmes et force des images. 

Le héros est en plus cette fois-ci assez intriguant, accumulant les gaffes par trop de précipitation, perdant des amis en croyant bien faire, peu au fait de la politique (il ne sait pas trop s'il est pour les Lancastre ou les York), et finalement assez crétin. Un crétin sincère et couillu, certes, mais quand même un crétin. Ses potes, très portés sur la bibine et sur les combats au corps-à-corps, ne sont pas en reste, et La Flèche noire parvient grâce à eux à méler la très grande Histoire et la toute petite, montrant que la guerre est souvent faite par des gens qui ne la comprennent pas et qui s'en foutent. Du gros roman d'aventures à l'ancienne, qui sent la cotte de maille et la barrique de vin.