Bien joli format que ce Cinerama qui fait de votre télé un meuble beaucoup plus grand; une distribution d'anthologie (Stewart, Peck, Wayne, Fonda, Caroll Baker...), un film plastiquement assez bluffant, quelques séquences résolument impressionnantes et un scénar souvent très creux, voilà ce que ce film, spectaculaire, taillé pour les fêtes, réserve.


Les deux premières histoires sont vraiment plan-plan : la rencontre entre deux vieux beaux (James Stewart, d'une part, affligé en plus d'un costume qui est un mix entre un costume de trappeur et celui de Superman, 34227955_pje n’exagère pas et Gregory Peck d'autre part) et les deux soeurs blondes Rawlings; l'un a pour toile de fond la descente d'une rivière, l'autre les méchants indiens qui attaquent. Si les décors respirent, les personnages sont parfois un peu perdus au centre de l'écran et on peut pas dire que l'alchimie entre Stewart et Baker aide particulièrement à y croire. L'épisode suivant sur la guerre civile réalisé par John Ford fait d'entrer de jeu péter sur toute une ligne 350 canons, on pense qu'on va enfin faire parler vraiment la poudre mais nan, le drame se joue là encore dans l'intimité : une tentative d'assassinat du général Grant difficilement crédible et au final terriblement téléphoné; dommage pour John Wayne que l'on voit finalement à peine. Les deux derniers épisodes sont finalement les plus convaincants, laissant la place à ce que demande ce genre de format de l'image, un max d'action. Marshall apporte un soin particulier à chaque cadre et son déferlement de bisons vaut son pesant de popcorn dans son mini-épopée sur le développement du chemin de fer. Hathaway n'est pas en reste avec l'ultime partie qui met en scène également un train et l'attaque d'icelui ne dépareillerait point dans les aventures d'un Indiana Jones. On peine pas à croire qu'un cascadeur se soit viandé lors du tournage tant les wagons volent dans tous les sens...

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Même si les scénaristes ont pris soin de relier chaque partie avec la récurrence d'un personnage de la famille Prescott/Rawlins, tentant d'évoquer à chaque fois différents grands moments de la conquête de l'Ouest - la ruée vers l'or, les indiens, les pirates, le train, les bandits de grands chemins... -, on a parfois un peu trop l'impression de feuilleter un livre d'images pour enfants en bas-âge. Esthétiquement, on aurait tort de faire la fine bouche tant la jolie nature des réserves américaines est mise en valeur; difficile tout de même de vraiment s'attacher aux personnages malgré une distribution pléthorique de stars estampillées. Dommage également que les personnages "négatifs" (le boss des pirates, Charlie Gant joué par les moustaches d'Eli Wallach, le directeur sans foi ni loi des chemins de fer (Richard Widmark)) manquent de réelle noirceur. C'est un peu trop grand-public pour être honnête, on va dire... Un film bien de saison, pour conclure, un peu comme un repas de fête : impressionnant au départ avec tous ces plats sur la table familiale mais un peu riche en graisse pour s'en relever le coeur léger. C'est sûr qu'à côté un film de Bergman, c'est un repas de nonne.