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Erick Zonca passe à l'ouest et dès les premières images ont sent la référence de base : l'ami Cassavetes; dans la forme, une caméra portée qui a dû finir par broyer une douzaine de clavicules sur l'ensemble du tournage, et surtout dans la figure centrale interprétée par Tilda Swinton; difficile, en effet, dès les premières secondes, de ne pas penser à l'immense Gena Rowlands : même petits tics nerveux, même démarche heurtée, même éclat de folie dans ce personne d'alcoolique méchamment fêlée. Si Tilda s'en sort, disons, avec bravoure (petit numéro à Oscar, pour être un poil malveillant), l'ombre de l'immense Gena plane malgré tout tout de long et c'est un peu gênant... L'intrigue, quant à elle, se met assez vite en place; venant de perdre son job et fleurant l'occase de se gagner un petit pactole, Tilda décide d'exécuter le plan de sa voisine starbée : kidnapper un gamin dont celle-ci n'a plus la garde... Si le plan est déjà assez foireux en lui-même, la Tilda décide de faire d'une pierre deux coups et de kidnapper, à son propre compte, le gamin pour demander directement une rançon au grand-père richissime... On se doute qu'à force de mélanger l'alcool avec l'alcool (po bon les mélanges, encore eu une expérience ultra récente), la Tilda pète carrément un câble pour se lancer dans une telle idée saugrenue. Bon rapidement, comme on est po non plus des spectateurs débutants, on voit poindre à l'horizon l'idée même de rédemption, se doutant qu'elle finira par revenir sur terre en s'attachant forcément au gamin - c'est fait pour, un gamin... Là où Zonca fait un peu partir en vrille son scénario, c'est qu'après l'idée cinématographilique (po la peine de souligner le mot en rouge, je sais que ça existe pas, petit ordinateur pointilleux) de l'arroseur arrosé, il se lance dans celui du "kidnappeur kidnappé" qu'il fallait oser. C'est d'ailleurs, finalement, surtout à ce niveau là que le bât blesse : il y a une recherche évidente de réalisme, au niveau des personnages, et d'autre part de (très) grosses ficelles scénaristiques qui nous laissent souvent pantois d'invraisemblances. La Tilda qui se transforme en un Jack Bauer de pacotille, je veux bien, mais c'est pousser le bouchon un peu loin, même pour une alcoolique...

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Bref, de très grosses réserves si on lorgne un peu trop sur la crédibilité de l'ensemble. Si on décide, de façon bienveillante, de fermer - souvent - les yeux sur ces écarts, reste un film qui garde très honnêtement un bon sens du rythme, avec quelques scènes très fortes - notamment au début, quand Tilda, masque noir sur la tronche, passe du côté obscur (le "braquage" du gamin et sa détention fait froid dans le dos) - et un portrait de femme tout de même assez surprenant : la Tilda s'humanise sur la longueur, reprenant peu à peu contact avec elle-même et la réalité des choses. Cette femme, au départ "dangereuse pour elle-même", pour reprendre les paroles d'un des personnages, se retrouve emmêlée dans des aventures po possibles qui la poussent à garder la tête froide au moment culminant. Au final, malgré quelques dérapages grossiers dans la trame, un film qui, à défaut de vraiment tenir la route, sort des sentiers battus - grâce notamment à une mise en scène au taquet et une relative efficacité au niveau du montage. C'est mieux que rien, voire même, au-dessus de la moyenne et assez ambitieux, pour un film français.