imageIl paraît que Bergman a interdit à quiconque de voir ce film, qu'il voyait comme une tâche impardonnable dans sa carrière. On comprendra donc l'importance de se précipiter dessus. Eh bien, ma foi, Ingmar n'a pas tort, mais pas complètement raison non plus. Cela ne se produirait pas ici n'est certes pas très glorieux, et en tout cas ne ressemble pas du tout à un Bergman movie : c'est un film de propagande déguisé sous des habits de thriller/polar/espionnage, résolument sans intérêt au niveau des personnages il et vrai, et très fade dans son traitement. Bergman se désintéresse complètement de ses acteurs, effectivement pénibles : son méchant, notamment, qui aurait pu être une grande figure à la Hitchcock, tout en sinuosités sadiques, est gâché par le jeu d'un bloc d'un acteur beaucoup trop épais. La profusion des personnages et l'errance du scénario font qu'on ne s'attache pas à ces grandes figures héroïques, qu'on se fiche un peu de leur sort, et que le message prophétique de Bergman ne passe pas du tout. Il tente de pointer ici les dangers d'un retour du nazisme, à travers les aventures d'un petit groupe d'exilés politiques ; mais le scénario est très appuyé, souligne tout, nous explique comme à des gosses ce qu'il faut penser. Voilà qui est bien loin de la subtilité ordinaire de Bergman.

this_1J'avoue ne pas avoir compris grand-chose à la trame elle-même, rendue opaque par un montage au petit bonheur et par des situations très artificielles. On est sans arrêt trimballé d'un endroit à un autre, les gens qu'on croyait morts sont vivants, les héros d'hier sont les lâches d'aujourd'hui, le tout dans un joyeux foutoir qui laisse dubitatif. Bon, ceci dit et pour terminer sur une note positive, ça reste un joli travail du point de vue esthétique (l'ombre très présente des premières scènes, les gros plans sur l'héroïne, le final), et le résultat est honnête si on se place dans la stricte lignée du genre thriller. Une sorte de trou dans la carrière de Bergman, mais pas non plus le plus emmerdant de ses films, et pas forcément le plus honteux (remember L'Oeuf du Serpent).

l'odyssée bergmaneuse est là