1

Là, je sens bien que je m'attelle à une chronique que je vais avoir du mal à rendre très claire. Bon, commençons par l'histoire, qui tient en une phrase : une star du rock terroriste, Lucy Monostone, donne naissance à 7 enfants qui portent un code-barre dans l'oeil, et qui peuvent se transmettre leur personnalité par téléphone ou par contact des mains, mais Kazuhiko Amamiya / Yôsuke Kobayashi, profiler schyzophrène qui devient soit l'un soit l'autre, tente de pourchasser pour venger la mort de sa femme un de ces descendants, qui découpe le haut du crâne des femmes enceintes pour voler leurs bébés et planter une fleur dans leur cerveau, pourchassé également par un flic dont la soeur est condamnée à mort et son assistant fan de poupées, mais la combustion instantanée de plusieurs personnes, compliquée par un programme d'éducation fasciste, vient densifier la chose, heureusement résolue par un vidéaste trash et borgne qui pourrait bien être Lucy lui-même, mais préfère filmer des cadavres et expédier des femmes-troncs dans des caisses, avant de s'intéresser à un programme informatique qui permet d'inventer une nouvelle génération de codes-barre (rouges), à moins qu'on ne trouve l'anti-virus qui semble dissimulé dans une collectivité de lycéens méchants, qui lutte avec une bande de voyous menée par un géant qui a un oeil au bout de la langue. Oui, je me rend compte que cette phrase est un peu longue. Et ce n'est qu'une toute petite partie du scénario mis en place par Miike. Oui, donc, ça ne tient pas en une phrase, au temps pour moi.

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Pendant presque 6 heures, le gars Takashi semble, lui, absolument clair dans sa tête, et multiplie les rebondissements comme sur 10 saisons de 24. On ne va pas se le cacher : on est perdus au bout de 10 minutes environ, et tout ce qu'on comprend c'est qu'un méchant change de corps toutes les demi-heures. Une collégienne à jupettes, un punk aviné, un étudiant modèle, et jusqu'à un robot-chien vont tour à tour poser des soucis à notre détective aux multiples personnalités, il suffit de bien enregistrer cette donnée pour s'amuser comme un petit fou à cette série absolument improbable. Miike n'est pas avare en imagination, c'est le moins qu'on puisse dire. On s'enfonce de plus en plus dans le grand délire barré, sur le cul devant tant de n'importe quoi assumé et porté bien haut par cette bande de fêlés. Je confesse ma préférence pour les réunions de flics qui jalonnent le film, et où Miike invente à chaque fois une nouvelle façon de présenter les choses : les reconstitutions de crimes barbares sont faites à base de petites poupées-manga, de numéros de clown ringards, de mise en scène érotique, et on s'esclaffe devant l'audace de ces séquences hors de toute référence.

3

Car c'est une des grandes qualités de MPD-Psycho : ça ne se prend pas au sérieux, et Miike sait instiller là-dedans un humour non-sensique qui détonne profondément par rapport aux mangas habituels (le film est une adaptation d'une BD). Même si les codes du genre sont respectés (avec ces pluies artificielles, ces lumières anti-naturalistes, cet ancrage dans une urbanité très contemporaine, ces personnages mutiques et dents serrées, ce montage très rapide qui parfois suspend le temps pendant de longues secondes), le cinéaste traite tout ça avec insolence et le sourire en coin. Le grand barnum sidérant mis en place est beaucoup plus souvent une suite de tentatives hasardeuses qu'une vraie narration, et ça fait ma foi bien plaisir.

4

Il y a, comme dans tous les Miike, à peu près une idée sur dix qui fonctionne, mais le tout est d'essayer, et on ne peut rien lui reprocher de ce côté-là. Au niveau de la mise en scène, le film est impressionnant de variété : dessins animés, prises en vidéos, pixellisations outrancières, effets spéciaux cheap, triturages de l'image, et parfois réalisme direct de certaines parties, c'est un festival. Dommage qu'au fur et à mesure des épisodes Miike finisse par se prendre un peu trop au jeu de son scénario : les deux dernières heures sont trop sérieuses, moins tenues. Mais avant ça, on reste bouche bée devant ce mélange de Twin Peaks et de X-Files à la sauce nippone, agrémenté d'un zest de The Wall dans le 3ème épisode (le meilleur) et de Mon Curé chez les Tokyoïtes. Unique.

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