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Les Coen reviennent avec cette "comédie policière" et ils sont en pleine bourre ! Un scénario aux petits oignons qui mélange avec un rare bonheur services secrets, adultère et imbroglio en tout genre, des acteurs qui ont tous apparemment un grand bonheur à jouer dans ce grand délire paranoïaque (John Malkovitch comme cela faisait longtemps qu'on ne l'avait pas vu, totalement hanté par son rôle ingrat, George Clooney truculent qui flirte avec la folie, Brad Pitt brushing au vent qui en fait des tonnes, grimace en tout sens et parvient à être drôle, Frances McDormand toujours aussi géniale dans un registre pince-sans-rire, Richard Jenkins impressionnant de charisme, Tilda Swinton très classe...) et un rythme qui monte crescendo dans les rebondissements et l'hilarité. Bref un vrai bonheur des Coen qui démontrent une fois de plus leur créativité et leur sens de l'humour.

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Comme je ne voudrais point non plus me coucher trop tard, autant être lapidaire sur la trame : un C.D. censé contenir des informations top secrètes tombe entre les mains de deux bras cassés qui bossent dans un centre de remise en forme (Brad et Frances); ils tentent de faire chanter John Malko qui vient de se faire virer par la C.I.A; si ce dernier a quelques ennuis conjugaux (sa femme Tilda le trompe avec George, marié, qui a par ailleurs et par hasard une aventure également avec... Frances... ça se complique), il est bien décidé à régler cette affaire rapidos. Nos deux bras cassés un peu échaudés au départ décident de vendre les infos à l'ambassade de Russie... A partir de là, tout part un peu en quéquette, les petits-maîtres chanteurs finissant par plus savoir vraiment par qui ils sont traqués et notre George Clooney se retrouvant, malgré lui, pris dans la nasse. L'art des Coen est de commencer assez pépère en prenant le soin de dessiner chacun des personnages avec leur petit souci quotidien : Malko avec la boisson, George avec le cul (je vous laisse le plaisir de découvrir l'incroyable machine qu'il invente... les Coen reculent devant rien...), Frances avec ses problèmes de chirurgie esthétiques, ou encore Brad... euh Brad qui est simplement complètement azimuté. Ils apportent toujours un soin extrême aux dialogues qui fusent au rythme d'une véritable screw-ball comedy (là où, à mes yeux, Intolerable Cruelty échouait). Ensuite c'est que du bonheur, les cadres et les angles sont toujours les bons, le rythme s'emballe méchamment et on se retrouve complètement happé dans une série de situations qui deviennent plus intordables les unes que les autres, rendant chaque personnage de plus en plus speed - en contrepoint, le flegme du chef de la CIA est d'ailleurs un pur régal. Bref, ce film de fou-furieux sort en France en décembre, po besoin, je sais, de cette chronique pour que certains s'y précipitent...   (Shang - 03/11/08) 

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Ben oui, effectivement, je m'y suis précipité, et je dois reconnaître ma tiédeur comparée aux petits sauts de joie de mon camarade. Allez, je tente même l'aveu : finalement, les Coen me laissent assez froid, à force de creux. C'est pas qu'on s'ennuie avec ce Burn after Reading (quoique, un peu, quand même par moments), BAR_05760_350mais c'est juste que c'est abyssalement vide, comme le signale d'ailleurs le chef de la CIA sur la fin ("Qu'est-ce qu'on a appris ?... Rien"). Bien sûr, la plupart des comédies américaines ne vont pas chercher bien loin, et je reconnais là l'hommage à la screwball évoquée par mon éminent confrère : mais au moins les Capra, Hawks et autres Cukor avaient un vrai talent pour l'écriture, pour la construction de scénario, et pour la direction d'acteurs, autant de choses qui font un peu défaut ici. Les acteurs sont honnêtes, certes, surtout Brad Pitt qui se déchaîne avec une joie communicative, mais il leur manque ce petit trait de génie qui compenserait les errements du scénario. Clooney, que j'aime beaucoup d'habitude, est un peu pénible ici, et son personnage est illogique, manque d'une vraie écriture psychologique. Finalement, on a un peu la sensation d'un théâtre de marionnettes : ça bouge dans tous les sens, ça bondit, mais ça brasse beaucoup de vent.

Je suis méchant : le tout se laisse gentiment regarder, comme un film du samedi soir qu'on suit la bouche pleine de pop-corns. Mais les Coen nous avaient habitués à un autre style dans les grandes comédies qu'étaient The Barber ou Fargo. Cette fois, ils réalisent une coquille vide un peu bâclée, un peu "petit malin", pas très personnelle et franchement superficielle. Burn after watching.   (Gols - 20/12/08)