Juste avant de se rendre en Chine pour livrer un portrait tout autant désillusionné du "modèle communiste", Antonioni avait déjà réglé son compte au "modèle capitaliste". Tourné à la fin des années 60, le film capte au départ l'atmosphère protestataire qui règne sur les campus : sa caméra se balade lors d'une assemblée générale où blacks et petits blancs discutent à n'en plus finir sur les moyens de résistance contre le flicage généralisé; la discussion tourne vite au brouhaha et notre héros de quitter ce petit monde sur ces paroles laconiques : "Je suis prêt à mourir mais po d'ennui" - réaction purement individualiste ou réelle lucidité (?), notre Mark se procure quoiqu'il en soit un gun pour faire face aux C.R.S locaux... Lors de l'attaque des forces de l'ordre sur le campus, il est témoin du véritable meurtre d'un étudiant black par un de nos amis policiers et à peine a-t-il le temps de réagir que le flic est abattu à son tour. Notre Mark de prendre ses jambes à son coup et de tenter de quitter ce Los Angeles infernal. Tout comme un Godard de l'époque, Antonioni nous montre, avec une certaine maestria dans le montage, la pollution visuelle (pubs et enseignes de magasins tous les 2 mètres) mais aussi sonore des lieux. Si se faire un trip, c'est se permettre de prendre de la distance par rapport aux choses, rien de mieux alors que de chourer un avion...

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Le film prend de la hauteur et notre Mark de trouver enfin de l'air pur en pilotant un petit coucou. Parallèlement, au sol, une bien joulie donzelle Daria, se balade en caisse : elle doit se rendre à Phoenix où l'attend son boss qui s'occupe d'un projet immobilier en plein désert; en route, elle s'accorde un petit détour dans un bled pour rencontrer un type, sûrement pour... euh... méditer. Elle ne trouve qu'un bar de vieux cow-boys décatis et conservateurs (ambiance véritablement lynchienne) et des gamins plutôt sauvages que l'on a apparemment "délocalisés" des rues de la ville... Reprenant la route, sa bagnole se fait littéralement draguer par l'avion du Mark, qui a dû être marqué par la vision de La Mort aux Trousses... Sauf que là ce sera plutôt l'amour... (rires) Nos héros feront ami-ami et se retrouveront lors d'une séquence mythique en plein désert, roulage de pelles, roulades dans le sable qui dégénère en gigantesque partouze primitive... Ambiance pipe Floyd. L'Antonioni, toujours aussi génial lorsqu'il laisse parler les images, livre un grand moment de cinoche totalement libéré et libertaire, loin de la cohue urbaine. Déjà, là, on soupire d'aise.

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Notre Mark peinturlurera ensuite son petit navion avec les couleurs et les slogans hippies de l'époque mais plus dure sera la chute. Le cinéaste semble se faire d'ores et déjà guère d'illusion sur la fin de ce mouvement, comme si l'atterrissage était programmé... Notre pauvre Daria se retrouve comme deux ronds de flan et se rend comme une âme en peine au meeting. Après quelques plans purement antonioniens (un parfum d'Eclipse), on assistera à une vision apocalypto-atomique comme une volonté de faire péter une bonne fois pour toute ce monde capitaliste de pacotille. Antonioni tutoie les anges et on reste coi.

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Discours engagés, violence urbaine, road ou plutôt desert-movie, érotisme orgiaque,... Zabriskie Point, derrière ses allures de film maudit, vaut on ne peut plus le détour. Une musique, ultra vintage, au taquet, des cadres du maestro à se flinguer, des ambiances toujours subtilement décalées (les discussions des gros capitalistes, l'apparition des touristes dans le désert, ce bar au milieu de nulle part...),... bref, belle idée que de ressortir ce DVD en ces temps troublés par les perturbations financières... et climatiques (une pensée pour nos amis de Lozère qui se retrouvent à la bougie... plutôt chiant pour voir des films).