11715541_pVoilà un moyen-métrage documentaire bien représentatif de l'univers du maestro : foutraque, populo à mort et assez rigolo. Peut-être un peu trop foutraque cela dit, puisque ça part dans tous les sens, depuis le simple enregistrement des atmosphères nocturnes de Rome jusqu'aux délires baroques. Ceci dit, c'est un petit film intéressant, qui résume bien les obsessions de Federico, tout en saluant gentiment ses collaborateurs éternels (Masina, Mastroianni, et toutes ces gueules impossibles croisées dans ses films).

Block-notes di un Regista démarre sur un décor abandonné à Cinecitta : Fellini voulait réaliser un immense film, l'histoire d'un violoncelliste qu'aurait joué Marcello, mais le projet a capoté, et il ne reste que cette énorme construction (une navette spatiale ou un avion ?). Le vent et la pluie balayent tout ça, le ton est donné : on va être dans la mélancolie des choses perdues. Sentiment qu'on retrouve lors des (faux) bouts d'essai de Mastroianni dans le rôle, qui fait doucement remarquer à son mentor que cette fois-ci il n'y croit pas. Jolie séquence où l'intimité se glisse au sein d'un gros barnum de maquilleuses, journalistes, techniciens et autres fans de Marcello qui jacassent tout autour. Abandonnant ce projet, Federico se tourne vers un autre : Satyricon. On assiste alors à des repérages, tout aussi fictifs, dans le métro romain, dans les terrains vagues, dans les bas-fonds interlopes remplis de putes et de travestis grossiers. Le film mélange alors l'érudition (un historien qui rappelle le passé antique de la Citta) au trivial (rires gras des figurants au programme), l'élégance (des poses de statues très nobles) à la vulgarité (un film muet, sorte d'esquisse de Satyricon, contemplé par un public braillard et agité). C'est italianissime, tout simplement.

tn2_federico_fellini_3

Le film est intéressant au regard de l'essai équivalent de Pasolini, Carnets de Notes pour une Orestie africaine : ils sont à l'opposé l'un de l'autre, confirmant l'adage qu'on ne peut pas aimer Fellini et Pasolini en même temps. Chez PPP, le réel reste intact : on imagine le film possible simplement en regardant les gens, en voyant bouger un arbre, en respectant la réalité ; chez Federico, on triture tout, on s'évade, on imagine concrètement. Deux écoles, celle de Fellini donnant ici un montage cradouille qui montre d'abord un camionneur à côté de son engin, puis le même camionneur transformé en gladiateur et forcé de (sur)jouer les jeux du cirque. Fellini, c'est du rêve, de l'excès. Son imagination est immédiatement palpable à l'écran, quitte à transformer un documentaire en totale fiction. Bien jolie confession d'un rêveur ayant les moyens de ses rêves.

Le film se termine sur une rigolote et touchante audition dans le bureau du maître. Il y reçoit tous les fous de Rome désireux de jouer dans son film, et c'est la cour des miracles. Un géant à la voix de stentor, quelques starlettes allumeuses, des vieilles obèses, une accordéoniste dépressive, un comédien massacrant Tchekhov, des mammas apportant une photo de leurs filles (ou d'elles en maillot de bain), c'est foisonnant et d'une énergie folle. Fellini éclate d'amour devant ces petites gens fêlées, et termine par un très beau travelling arrière sur ces files de gens qui se pressent à la porte de son bureau. Block-notes di un Regista n'est peut-être pas le film le plus "propre" de Fellini, il est sûrement un peu bâclé par certains côtés, mais il est très attachant, mélancolique et grinçant, et c'est toujours bon à prendre.

tutte le pellicole di Fellini : qui