Voilà un réalisateur qui avait réussi à passer jusque-là à travers les mailles du filet. Mais Shangols veille! Alors Désir, donc, produit par Lubitsch (il aurait même tourné quelques plans mais deux fois rien) et réunissant un couple plus glamour tu mours : Marlene Dietrich et Gary Cooper. C'est au départ, presque une histoire à la Hitchcock - le vol d'un collier de perles et notre pauvre Gary, en bon innocent, qui s'y retrouve mêlé - mais l'intrigue semble volontairement délaisser tout véritable suspense et autres enquêtes policières pleines de rebondissements : elle se concentre rapidement sur les petits titillements amoureux qui commencent d'éclore entre nos deux stars qui tombent, réciproquement, dans le regard de l'autre.

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Un générique plutôt osé avec ce collier de perler que l'on place autour d'une gorge dont le soutien est méchamment entrouvert... Serait-ce plus une histoire de charme qu'une affaire de vol ? Moui, on peut le dire comme ça. Marlene Dietrich, en se faisant passer pour la femme d'un psychiatre auprès d'un bijoutier et vice versa (ouais, essayez d'imaginer pendant deux secondes), arrive à enfumer les deux hommes qui partent dans un - long - quiproquo... Le temps qu'ils reprennent leurs esprits et la belle a déjà pris la fuite avec un sublime collier de perles. En passant la frontière franco-espagnole, elle croise le Gary qui, tout pimpant, prend les premières vacances de sa vie; par peur de la douane, elle cache le collier dans la poche de notre touriste qui n'a d'yeux que pour les fins sourcils de la belle; alors qu'il se croit déjà amoureux et béni les Dieux, elle lui pique sa caisse... laissant derrière elle le Gary en carafe, mais aussi, bêtement, le collier. Bon, ils se retrouveront, elle te retournera le Gary comme une crêpe pour lui subtiliser le collier..., jusqu'à ce qu'elle se rende compte que sa vie, le fait d'être toujours sur le qui-vive, ben, finalement, c'est po terrible : et si elle se rangeait avec ce gentil ingénieur américain ?

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La sensualité promise par le générique n'est finalement pas tant que cela au rendez-vous : une belle scène tout de même lorsque la main fouineuse de la Marlene, sous la table, cherche son chemin vers la poche du Gary où se trouve le collier et que celui-ci intercepte ce mouvement en pensant qu'elle veut... qu'elle veut faire quoi d'ailleurs ?... enfin, cela donne au Gary la banane; un vrai baiser de cinéma, également, en contre-plongée, tout feu tout flamme, qui pourrait aisément servir de générique d'émission sur le ciné... On est toujours à mi-chemin entre la comédie et l'action, la romance et le drame, mais l'équilibre tient finalement bien la route. Gary Cooper n'a pas forcément grand-chose à jouer, gars gentillet qui a l'impression d'être dans un rêve (belle séquence tout de même que celle de sa déclaration d'amour alors que Marlene feint le sommeil), et la Dietrich prend volontiers des poses de vamp : le plus inattendu (enfin, si on veut) c'est qu'elle finit semble-t-il par se laisser prendre par son propre numéro de charme. On est un peu surpris de retrouver, dans la seconde partie du film, nos deux tourtereaux qui se la coulent douce au petit-déj plutôt que d'assister à des poursuites infernales en bagnoles et des coups de feu dans tous les sens (le détective espagnol n'a po l'air perspicace, ça doit être une règle - sinon on en connaîtrait au moins un, non ?...). Il y a un ultime soupçon d'action sur le tard (l'excellent John Halliday, "oncle" de la Marlene pour de faux et vrai associé, parvenant à créer une vraie tension), la fin étant, quant à elle, vraiment convenue. Malgré tout, ce mélange d'ingrédients possède un certain charme, le Gary et la Merlene (avec ses belles toilettes, comme disait ma grand-mère) formant, qui plus est, un bien beau couple de cinoche...

à l'aborzage ! clique