b00ccgp3_512_288Rencontre avec Herzog et discussion autour d'une douzaine de ses films avec de larges extraits. Alan Yentob connaît apparemment bien l'oeuvre du Werner, mais sort pas vraiment des sentiers battus au niveau des questions. Herzog semble répondre pour la millième fois, patiemment malgré tout, aux questions sur ses relations avec Kinski - "Ouais bon, je l'ai menacé de le tuer s'il quittait le tournage d'Aguirre, mais bon je n'avais pas de pistolet à la main... Et puis je lui ai laissé un choix (gnark, gnark)" - et confesse que tout ce qu'il en dit devant une caméra sera toujours bien en-dessous de la vérité. Herzog avoue qu'il attendait que le gars Kinski, "cette force élémentaire de la nature", épuise sa lourde colère pendant deux heures avant de se mettre à le filmer, littéralement épuisé, à bout. Herzog s'est donc installé à Los Angeles, surtout pour découvrir de "nouveaux horizons et un nouveau langage" mais continue de demander aux personnes, techniciens, producteurs  ou acteurs qui bossent avec lui, même sur de grosses productions comme Rescue Dawn, de s'adapter à sa façon de faire - ce qui va rarement sans quelques petits accrochages... Même si Alan Yentob lui renvoie cette image d'Epinal du "réalisateur de l'extrême", Herzog nie vouloir mettre en danger la vie de qui que ce soit, que chaque risque demeure contrôlé... Oui, sur Fitzcarraldo, deux avions se sont écrasés, des indigènes ont reçu des flèches, mais il considère cela comme le "coût à payer" dans toute chose que l'on fait; mais jamais ô grand jamais, il n'a jamais cherché à provoquer de tels incidents, évidemment... Mais comment se défaire d'une image qu'on vous colle? That is the question... Il revient aussi avec émotion sur la fameuse séquence de Grizzly Man - l'amie de longue date de ce starbé de héros qui cherche à lire sur le visage d'Herzog ce qu'il ressent en écoutant la bande enregistrée lors de la mort de son ex-compagnon, attaqué par les ours; un moment où plus que jamais il a su respecter à la fois la dignité de la mort et la vie privée d'un individu. Encore un film/documentaire, qui, plus que tout, et ce même s'il est constitué presque essentiellement de plans tournés par le "Grizzly man" himself, a la patte du Herzog - à défaut de celle des ours. Herzog revient également sur Le Pays du Silence et des Ténèbres (sur la vie des personnes aveugles et muettes) qui est pour lui une parfaite métaphore de la capacité des êtres humains à surmonter coûte que coûte les difficultés - un thème définitivement récurrent dans sa filmographie. Pas de révélations particulières mais bon un honnête petit bilan de son oeuvre.