Shangols

site sino-français de cinéma pointu et nécessaire

03 décembre 2008

La Mouche (The Fly) de David Cronenberg - 1986

083The Fly m'avait plu ado parce que c'était gore. Ca m'avait fait rire de voir Goldblum perdre ses ongles, ses dents, ses yeux et sa machoire dans une symphonie de bruits visqueux et de matière blanchâtre peu ragoûtante, et je n'en demandais pas plus. Mais avec le temps, il m'était resté des souvenirs plus profonds de ce film, comme s'il avait tenté de me dire quelque chose que j'avais vaguement senti sans le verbaliser. Vérification aujourd'hui : eh bien oui, The Fly, c'est un peu plus que ce que c'est... mais guère plus non plus.

Déjà, notons que 20 anfly86_img7s après, les scènes purement spectaculaires ont un peu perdu de leur frontalité. La faute à des effets spéciaux vieillis, sûrement, mais aussi la faute à un scénario qui réserve peu de surprises, et qui du coup amène mal ces séquences sanglantes. On sent Cronenberg mal à l'aise dans l'horreur pure, et c'est vrai que la dernière demi-heure, seulement commerciale, est bien peu passionnante : c'est de la surenchère bête et méchante, un scénario qui part dans le vide intersidéral, des acteurs cantonnés à pousser des cris d'orfraie devant les métamorphoses de Goldblum, on s'ennuie sévère. Cronenberg tourne à vide, dirait-on, épuisant jusqu'à plus soif ses motifs "foetus-glauques-bruits-humides", mais cette fois sans cette troublante fascination qu'il a su souvent trouver (Existenz ou Dead Ringers).

Malheureusement pour lui, sa première demi-heure n'est guère mieux. C'est l'inverse pourtant : il ne se passe pas grand-cho_003_732417se d'autre que de vagues conversations autour d'un ordinateur vieille école, ça tourne autour du pot en préparant un terrain sur-balisé, et les enjeux sont assomants : on se doute bien que Golblum va finir par tenter l'expérience de la téléportation, à quoi servent donc ces tergiversations, ces doutes et ces questionnements ? Voilà qui dément l'ouverture du film, extraordinairement rapide. Sitôt après le générique, Cronenberg nous plonge de plain-pied dans sa trame, sans chercher à emmener doucement son spectateur par la main : il ne sera question que d'une histoire, qui ira du début à la fin sans se perdre ailleurs (la toute fin est également abrupte). Pourquoi, sur un mouvement de démarrage aussi enlevé, Cronenberg poursuit-il avec cet interminable prologue inutile, c'est un mystère.

Le film est tout pourri, donc, allez-vous dire ? Eh bien, non, criai-je véhémentement et non sans vergogne. Car tout le centre du film est enfin très réussi. Là, on sent subitement les implications que le gars a voulu donnr à cette palôte histoire de SF fauchée. En plein coeur des années SIDA, The Fly est un troublant essai sur la mutation des corps sous l'effet de la puissance sexuelle. Le mal qui habite Goldblum est un mal qui lui thefly460vient de la fascination des corps : son attirance pour la métamorphoses des corps, ses questions quasi-métaphysiques sur la poésie de la chair, et surtout la formidable énergie sexuelle qui l'envahit après son expérience, tout ça fait sens de façon étonnamment profonde. Finalement, The Fly est bien à 100% cronenbergien : il y est question avant tout de bidoche, de peau, de manipulations génétiques, le tout déployant une poétique morbide du meilleur effet. Le film renvoie l'Homme à sa part d'animalité, mais sans en glorifiant justement cette métamorphose : si Goldblum redevient insecte, comme aux premiers temps du monde, il le fait dans une sorte de glorification de l'esprit et du corps. Redevenir animal, pour Cronenberg, c'est repasser par une pureté sexuelle et physique totale ; ensuite c'est la déchéance physique, mais dopée par un esprit quasi-spirituel ("je veux être le premier insecte politique"). On ne sait pas trop si on doit avoir pitié de Goldblulm devant ses dents qui tombent, ou l'admirer en tant qu'être purifié et revenu aux sources de l'Homme. Rien que pour cette partie-là, un tiers du film seulement malheureusement, The Fly mérite qu'on y revienne.

Posté par Shangols à 20:51 - CRONENBERG David - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=110219&pid=11617164

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :