capture02"Hello, je vous sollicite pour voir mon long métrage sur mon père Paulo Anarkao qui a eu une récompense au festival de Quend du film Grolandais (prix Mickael Kael), le brutal d'or au festival Cinémabrut 2008, séléctionné au festival international nouvelle génération de Lyon 2008... Je cherche à le faire connaître et le diffuser comme je peux." C'est par ce mail du jeune Gérald Touillon adressé à Shangols que j'ai eu accès à ce "documenteur" résolument barré. Et je l'en remercie. Dont acte.

Le garçon décide de suivre pendant quelques jours les traces de son père, Paulo donc, artiste de rue, anar, partouzard, grande gueule, mauvaise foi ancrée au corps, ex-punk un peu brisé, provocateur un peu ringard : armé d'une caméra qu'on imagine minuscule, Touillon ne le Sans_titrequitte pas d'une semelle, le plaçant toujours au centre de son écran, dans une sorte de fascination/gêne assez troublante. Bon, on ne va pas se le cacher : au niveau de la mise en scène et du cadrage, c'est assez horrible. Le réalisateur filme au petit bonheur la chance, sans aucun souci esthétique (ou presque, mais quand il décide de "faire du cinéma", c'est encore plus terrible, cf la chanson finale), sans réflexion. C'est juste une prise sur le vif, dans l'urgence, et il faut reconnaître que le paternel est souvent difficile à suivre. Scotché à ses basques, le rejeton regarde attéré les audaces de son père, sorties grossières sur le sexe, insultes saillantes envers les voisins, Ségolène Royal, les femmes, la télé, etc (en gros : "tous des cons"), discutables opinions sur l'environnement, l'art et la drogue, et on suit ça nous aussi avec de grands yeux.

Car le gars, c'est vrai, est très charismatique. Paulo Anarkao est une sorte d'essai à la Strip-Tease, un film toujours sur le fil entre tendresse et foutage de gueule. Le personnage est idéal : ridicule et sur-ringard, il devient fascinant dans son succès auprès des femmes ou dans la beauté de certaines de ses formules. Il capture01traverse la vie tout défoncé et sans vergogne, et on l'envie un peu. Et puis surtout, Touillon sait merveilleusement doser la part de fiction et de documentaire : on ne sait jamais si tout ça est une grosse entourloupe ou si tout est vrai. Touillon coupe aux bons endroits, juste quand une scène va devenir trop dingue pour être vrai, juste quand on va enfin savoir s'il s'agit de mise en scène ou de réalité. On quitte le film sans solution, sans savoir si ces scènes surréalistes sont inventées ou non. En tout cas, voilà un objet complètement informe qui voyage résolument en dehors des sentiers battus, qui aime les gens, qui sait aussi s'en moquer (et se moquer de soi-même au passage), et qui vous accroche avec brio.

On peut le voir en intégralité sur dailymotion en cliquant ici.