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01 décembre 2008

New-York Stories de Martin Scorsese, Francis Ford Coppola & Woody Allen - 1989

Vraiment beaucoup à boire et peu à manger dans ce film à sketches dans lequel les cinéastes (à l'exception de Woody) mettent leur point d'honneur à servir leur plus mauvais film ou peu s'en faut.

2772543845_aa09c2dc37Apprentissages (Life lessons) de Scorsese serait potable s'il ne l'était pas, justement (de Scorsese). Franchement palôt, et privé de fond, le film raconte gentiment les déboires amoureux d'un peintre à succès (Nick Nolte, ours) confronté à une ex-fan revenue de sa passion (Rosanna Arquette, sexy). Ca doit être, j'imagine, une réflexion sur la popularité opposée à l'amour, sur la collectivité face à l'intime. Mais Scorsese charge tout cela d'une mise en scène très clinquante : sur-emploi d'une musique trop sophistiquée (on entend quand même, si je ne m'abuse, Like a Rolling Stone de Dylan dans la version Royal Albert Hall de 1966, ce qui est toujours bon à prendre), fausse nervosité du filmage, multiplication de gros plans sans sens pour tenter de doper un film plat et sans tenue. On ne s'ennuie tout de même pas trop, grâce à un sens toujours au taquet des situations ; on est dans la veine After Hours, esthétiquement et scénaristiquement. La ville et les gens sont considérés comme des entités potentiellement dangereuses, anxiogènes, légèrement tordues, par la simple mise en regard de situations à priori banales : un acteur underground qui joue dans un couloir de métro, une clope qu'on écrase sur la moquette d'un aéroport, un tableau qui dévoile subitement un visage torturé... Pour ces quelques bonnes idées de montage, pour cette finesse d'écriture qui jaillit parfois, on pardonne au maître cette petite chose oubliable et bâclée.

18857611Mais on n'a pas vu le pire : La Vie sans Zoe (Life without Zoe) de Coppola est une sombre horreur dans laquelle on cherchera en vain toute trace du grand cinéaste. Visiblement plus désireux d'offrir un gros cadeau luxueux à sa fille plutôt que de faire un film, Coppola s'enfonce dans un scénario mièvrissime, con comme un panier et mal fichu comme c'est pas permis. C'est Sofia qui a écrit le scénar, et le seul intérêt est qu'on trouve déjà, çà et là, quelques motifs qui feront la marque de miss Coppola plus tard : intérêt marqué pour les réunions de filles, goût pour une esthétique kitsch et naïve... On en comprend pas grand-chose à cette histoire pour enfants, où des petites princesses rencontrent de riches héritiers indiens et trouvent des diamants, où les adultes sont considérés comme de grands enfants irresponsables et légèrement débiles, où on traite la couleur à la truelle. Francis a certainement voulu réaliser un film à hauteur d'enfant, mais son héroïne agaçante finit par pointer le gros échec du sketch : Coppola ne connaît rien au monde qui l'entoure, ni aux enfants, ni aux autres. Un film d'ermite qui voudrait faire croire qu'il sait regarder la société, pitoyable.

NewYork_Stories_1989Heureusement, le gars Woody pointe ses double foyers, et là, c'est le bonheur : Le Complot d'Oedipe (Oedipus Wrecks) est certes très léger, mais il est aussi irrésistible. Bondissant et parfaitement rythmé, souligné par les éternelles notes de jazz qu'on lui en voudrait de supprimer, agrémenté de 40000 bons mots, et surtout excellemment joué par un Woody en roue libre qui semble beaucoup s'amuser, le film est un petit trésor d'humour juif, doublé d'une comédie très attachante et d'une déclaration d'amour à ses racines. C'est d'ailleurs le seul épisode des trois qui respecte vraiement la commande (filmer New-York), en s'attachant à ces gens de la rue unis par des liens familiaux improbables (ils sortent tous en même temps la photo de leurs gosses de leurs portefeuilles). Il y a tout Woody en 40 minutes : le gag-man (partie muette hilarante où on le voit tester la magie noire pour se débarrasser de sa mère), romantisme mélancolique (ça parle de rupture, de difficulté de choisir la personne à aimer), sens imparable de ph99i292la situation, et tous les petits détails de scénario et de mise en scène qu'on reconnaît immédiatement : un magicien un peu ringard, un panoramique sur les toits de New-York, une petite note de clarinette, une petite phrase qui fuse, et on se glisse douillettement dans ce petit univers qu'on connaît parfaitement mais qui dégage une chaleur réconfortante. Oedipus Wrecks est une minuscule musique attendrissante comme tout, où Woody renoue avec la comédie pure (je vous conseille surtout le gag de la cuisse de poulet comme objet fétichiste), et c'est magique.

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