01 décembre 2008
La Dame au petit Chien (Dama s sobachkoy) (1960) de Iosif Kheifits
Adaptation d'une belle finesse de la nouvelle de Tchekhov grâce notamment à la présence de la troublante Iya Savvina et la musique inspirée de Nadezhda Simonyan (à vos souhaits). C'est on ne peut plus classique, un petit voyage à Yalta (cela arrive tous les jours), une jeune femme passe tous les jours devant le bar du coin avec son affreux chien blanc mais vous ne voyez qu'elle, vous tombez amoureux, elle aussi, et là vous vous rendez compte que, bêtement, vous êtes tous les deux déjà mariés - fallait réfléchir avant... On est touché dès le départ par le regard quasi transparent de la belle Anna, sa voix gracile et cette immense "tristesse" qui semble imprimer chacun de ses
gestes. Le Dimitri ne s'y trompe point (ah, son bouc, sa voix grave... ah ben non, po le même effet) et ne tarde point à emmener l'Anna se balader... Et pis le premier baiser loin des regards, la première coucherie - ça fait longtemps qu'on a oublié le chien qui erre dans les couloirs de l'hôtel - et la pauvre Anna toute gênée qui pense être possédée par le démon... Le Dimitri la rassure, se la pète même un peu, je trouve, avec son petit sourire en coin, genre bah tu verras... Il ne prend même pas la peine de garder son gant blanc comme relique, quand elle part rejoindre son mari dans son trou de province (pauvre Anna qui, elle, pense déjà à la muraille grise qu'elle voit de sa fenêtre... Cela sent le vécu et les dimanche aprème glauques). Il fait le malin mais tout moscovite qu'il est, il ne tarde point à se rendre compte de l'inanité de sa vie : sa femme est po terrible et ses amis des gros blaireaux qui ne pensent qu'à la bouffe, la thune, leur rang ou à rien... Le Dimitri, complètement bourré, qui raconte sa vie privée à tout ce qui bouge, fait figure de pauvre petit amoureux transi - et pourtant il a toujours son bouc. Je l'avais prévenu, à jouer les gros bras... Il ira faire un tour dans la ville d'Anna, ce qui flanquera à celle-ci une frousse terrible (magnifique séquence dans les couloirs infinis du théâtre lorsque les deux tentent de s'échapper de la foule), elle ira faire un tour chez lui à Moscou en guettant la "méchante pendule" qui avance toujours et malgré leurs baisers, ses pleurs à elle, les promesses et tout le bastringue, le constat est amer, ils sont comme "deux oiseaux dans des cages différentes"... On y trouve ce qu'on pensait y trouver, les promenades paisibles au bord de Mer Noire, les regards perdus et déchirants de l'héroïne, les cuites vaines de l'amant qui a perdu le goût à la vie et qui sent à peine le froid glaçant de la neige..., ce "romantisme impossible" à la russe. Pourquoi se plaindrait-on ?
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