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Crimes and Misdemeanors est sans aucn doute un des plus grands films de Woody, une pierre de touche qui marquât en son temps une sorte de bilan des inspirations du gars : il mélange dans un même mouvement la comédie de bons mots, la bluette sentimentale, la tragédie la plus totale et la veine bergmanienne de Woody. Il pourrait constituer le premier volet d'une trilogie sur le crime et ses conséquences morales, avec Match Point et Cassandra's Dream, mais celui-ci va beaucoup plus loin, en plaçant en contre-point de cette histoire de meurtre une trame beaucoup plus légère sur les turpitudes du couple.

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Le risque, assummé pleinement par Woody, est de faire deux films au lieu d'un (comme dans Melinda et Melinda). Et c'est vrai que les deux parties, la comique et la tragique, ne se rencontrent jamais vraiment. Pourtant, le film est extrêmement fluide, homogène malgré ces deux inspirations différentes. On passe sans problème de l'une à l'autre. D'autant que la question de la responsabilité morale est bien la même dans les deux parties. D'un côté on assiste aux turpitudes d'un homme vis-à-vis d'un meurtre qu'il a commandité, de l'autre à celles d'un cinéaste looser contraint d'accepter une commande commerciale qui le sidère. Avec en toile de fond l'interview d'un vieil intellectuel juif qui pose la question du sens de la vie et de l'importance de la foi. La partie comédie est parfaite, comme toujours subtilement écrite par un Woody très mélancolique mais impeccable quand il s'agit de faire fuser un bon mot ("La dernière fois que j'ai pénétré une femme, c'était la Statue de la Liberté"). Son personnage est connu par coeur, mais on ne se lasse pas de voir cette éternelle boule de nerfs aux prises avec les femmes, les idiots et les enfants. La trame de cette partie est simplissime, et revient éternellement sur les rapports du gusse avec le sexe opposé (Mia Farrow, qui a un peu moins de choses à jouer cette fois-ci). Ruptures, jalousie, amours frustrées, c'est le lot habituel, mais c'est toujours aussi drôle.

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La deuxième partie, tragique, est pourtant celle qui reste le plus en tête. Woody pose de vraies questions profondes, et le fait avec une grande tristesse : y a-t'il un Dieu pour surveiller nos actions ? Quelle est la place de la morale dans un monde privé de foi ? L'éducation peut-elle étouffer une vie ? Portées par un Martin Landau impressionnant de maîtrise, dopées par une photo de Nykvist au-delà de l'éloge, ces questions sont amenées frontalement, dans un scénario très simple. Mais la beauté du montage et de la mise en scène donne au film un aspect sophistiqué qui approfondit les thèmes avec brio : utilisation du plan-séquence, qui se permet de faire disparaître souvent les personnages pour filmer des lieux vides ; splendide usage du travelling (dont celui qui glisse le long du corps de Landau pour se terminer sur le visage mort de Anjelica Huston, puis retour) ; nombreux flashs-back bergmaniens, où le passé surgit dans le présent sans transition ; symbolique subtile (un rabbin qui devient aveugle, un ophtalmo qui veut rester caché, une star de la télé qui refuse qu'on le voit tel qu'il est, toute une thématique du regard) ; et montage parallèle subtil, appuyé par une utilisation de la musique intelligente. Cest une perfection d'écriture et de forme, un bonheur total.

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