pennequin_pas_de_tombeauLa poésie contemporaine est mal diffusée mais pléthorique, et j'avoue qu'au milieu des méandres, Charles Pennequin a toujours eu ma préférence. Ici, il rompt un peu avec ses inspirations passées : Pas de Tombeau pour Mesrine suit une quasi-trame, démarre en tout cas sur un fait concret. Pennequin s'y montre en train d'errer dans un cimetière parisien à la recherche du fameux tombeau, fulminant dans un premier temps contre les éditeurs qui ont refusé son manuscrit sur Mesrine. De cette recherche vaine jaillit une sorte de flot verbal saccadé, la plupart du temps proche de la diatribe (le gars est visiblement de mauvaise humeur), fustigeant l'establishment, la frilosité bourgeoise, la télévision, la jeunesse, la vieillesse, et tout un tas d'autres cibles, qui pourraient se résumer sous la simple appellation : France.

De grands "panneaux de textes", ponctués au millimètre (cette haine des points), qui mettent en place une sorte de musique de la colère du meilleur effet. Le discours intérieur de l'auteur déborde très souvent l'intimité, et finit même par éclater dans les dernières pages en une longue logorrhée fielleuse en caractères gras (sur une page, en très gros : "La France pue"). Avant ça, on a droit à de puissantes considérations hâchées, faites de jeux de mots, de coq-à-l'âne, de rageuses lignes insolentes, travaillées dans une rythmique impressionnante. Pennequin est un esprit libre à deux doigts du libertaire, et fait de la poésie d'aujourd'hui avec une façon très personnelle d'envisager des motifs et des objets modernes. Un texte ancré dans le présent, malgré sa nostalgie assummée, plein d'une saine révolte contre les idées reçues. Impeccable.