epglddTacchella n'est certes pas l'artiste du siècle, mais avec ce film, il parvient tout de même parfois à de bien jolies choses, à commencer par cette façon attachante de capter l'air du temps : Escalier C est une sorte d'archétype du film social des 80's en France, une espèce de film en costumes, si vous voulez.

Tout ça bien sûr sombre très souvent dans le ridicule, et a pris de sérieuses rides. Le scénario est sur-signifiant et lourd : un critique d'art cynique et méchant va découvrir la beauté des choses simples à travers le suicide de sa voisine de palier et les tableaux de Renoir. Pour nous amener à cette révélation, Tacchella dessine outrancièrement des personnages stéréotypés, d'un seul bloc : le critique dandy et fêlé de l'intérieur, le couple qui passe son temps à s'engueuler, la directrice de galerie aux dents longues, l'homo SM, 2lxtirdet surtout, comble du ridicule, un peintre sauvage mais amoureux de la vie campé par un Jacques Weber hilarant avec ses traces de peinture colorées sur son torse (c'est bien connu, les artistes peignent torse nu et s'en foutent partout). Le scénario est ainsi hyper-balisé par des évènements qu'on devine largement à l'avance. Heureusement, la petite troupe d'acteurs est talentueuse, Renucci en tête, jeu sensible et original. On retrouve les acteurs français montants de l'apoque : Bacri très drôle dans ses premières tentatives de misanthropie dont il abuse aujourd'hui, Bonnaffé très physique et toujours attachant, Frot plus absente mais rigolote...

Plus que cette histoire de parcours initiatique psychologique, c'est le portrait de la communauté qui intéresse dans Escalier C : Tacchella fait le deuil de la mythologie hippie, en appuyant sur l'immense solitude de ces o0ulb6êtres enfermés chacun dans leurs appartements. Ce qui se joue dans la cage d'escalier ne représente plus que des bribes de communautés, les êtres sont abandonnés, seuls, perdus, sans repère. Le film acquiert alors une amertume assez finement amenée, dressant le tableau d'une nouvelle génération perdue, condamnée au cynisme pour cacher sa peur des sentiments. Tout se délite, le couple, l'art, l'amour, l'amitié, les rapports filiaux (belles scènes avec Claude Rich), la beauté des choses : le monde des années 80 est un monde voué à la méchanceté et à l'isolement. Tacchella nous le raconte avec humour et sentiments, et c'est pas dommage. Un film désuet, certes, mais plein d'amour.