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WALL-E tient du miracle, tant les productions Pixar rivalisaient depuis quelques films de roublardise droitiste du pire effet. Stanton (déjà auteur du seul beau film Pixar, Nemo) va résolument à l'encontre de ses camarades de jeu, Brad Bird (Ratatouille) et John Lasseter (Cars), en livrant un petit bijou d'irrévérence. Là où ses sbires se prosternent aux pieds du capitalisme de bas étage, en se drapant sous des panoplies de progressistes, lui se permet tranquillement de malmener son public en le secouant dans ses pires travers.

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La première demi-heure de WALL-E est prodigieuse : un petit robot chargé de nettoyer les déchets de la Terre, abandonnée depuis 700 ans, accumule dans son abri les vestiges d'une humanité disparue. Seul au milieu des montagnes d'ordures, il retrouve la magie des vieux films, du Rubbik's Cube et de l'emballage à bulles. A la manière d'un anthropologue, il entasse sans nostalgie des objets inutiles, témoins d'une certaine innocence annihilée. Cette partie muette est d'une beauté et d'une nostalgie éclatantes, d'autant qu'on sent poindre un très sincère discours sur les dangers de la pollution et la bêtise de nos contemporains. Le robot recommence à zéro l'histoire de l'Humanité, en commençant par ses objets. Le design du personnage est en ce sens parfait : constitué d'éléments à l'ancienne (son regard est fait de vieilles jumelles, ses chenilles évoquent les tanks), rappelant le E.T. de Spielberg, doué d'une humanité troublante alors même qu'il est complètement artificiel. Seul un cafard peuple sa solitude, cafard qui pour une fois n'est pas chargé d'anthropomorphisme à la con comme dans la plupart des films d'animation.

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Débarque un autre robot, très clairement japonais, nommé Eve (vous me suivez ?). Ensemble ils vont recréer quelque chose qui ressemble à un dialogue, chacun faisant découvrir à l'autre ses passions. La beauté de cette première moitié de film réside justement dans le fait qu'il est privé d'humains, et que pourtant quelque chose est possible sans eux, et même quelque chose de plus beau qu'eux. Les scènes où le héros tente de vivre malgré tout avec une Eve en panne sont très troublantes, pleines d'émotions.

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Ensuite, le film retombe dans un récit d'aventures très convenu, avec romance sucrée et scènes d'action passables. Mais Stanton en profite quand même pour fustiger le comportement des Hommes, s'en prenant directement à l'avachissement irresponsable du spectacteur : le film est à voir dans un multiplex, rien que pour s'amuser à voir les gens se redresser dans leurs fauteuils et planquer leur pop-corn à la vue de ces obèses affalés et gavés de sucreries. Très malpoli, WALL-E finit par devenir une vraie insulte à l'encontre de la société de consommation. Pas de roublardise cette fois : le message passe clair et net. Stanton y ajoute quelques fines allusions à 2001 A Space Odyssey ou à Titanic, ce qui constitue un plus indéniable. Dommage que le film ne tienne pas ses promesses politiques jusqu'au bout, il aurait gagné à être plus méchant et catastrophiste. Mais tel quel, c'est déjà un beau coup de massue sur la tête des beaufs. Espérons que ce genre de film réveillera un peu les consciences, ce dont je doute au vu du nombre de 4x4 garés devant le cinéma. Peut-être les têtes blondes ?

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J'ajoute que je vous suggère de rester pour le générique de fin, qui retraverse sans vergogne toute l'histoire de l'image depuis la Préhistoire jusqu'aux jeux vidéo, bien beau morceau de bravoure malgré la chanson de Peter Gabriel (l'horreur).  (Gols 31/07/08)


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Eh oui, une petite merveille qui se déguste avec gourmandise. Juste pour le fun une liste non exhaustive des petites choses qui m'ont le plus scié : WALL-E qui tend à Eve, lorsqu'elle pénètre pour la première fois dans son antre un fouet pour battre les oeufs (beau réflexe masculin... un fouet qu'elle massacre presque immédiatement d'ailleurs), WALL-E adepte des comédies musicales qui tente d'apprendre un petit pas de danse à Eve qui se met automatiquement à sauter sur place comme une malade (question de génération...)), WALL-E qui a ses godasses (partons ses chenilles) dégueulasses quand il entre dans le navire spatial (autre mauvais réflexe masculin ?...), les robots complètements starbés mis en cellules d'isolation (coup de coeur pour le robot lanceur de balle de tennis...), le ballet cosmique avec les trainées blanches de WALL-E et les traces bleues laissées par Eve qui tourne à la poésie pure voire à l'art abstrait, le maniement du flingue de Eve qui doit avoir quelques souvenirs de western dans sa carte mémoire, ... et toutes ces minuscules petites idées, pas forcément au premier plan de l'action, qui donnent envie de le revoir avec plaisir. WALL-E mérite d'ores et déjà sa place sur le wall of fame de l'année, aucun doute là-dessus.   (Shang 09/11/08)   

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