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Tout a une fin, même la carrière du père Ozu. Un dernier film assez serein, au rythme paisible, teinté d'un grand coup de calcaire sur la fin : un vieil homme qui vient de marier sa fille se retrouve à moitié ivre dans la pénombre de sa cuisine. Son plus jeune fils est déjà couché et on a la triste impression que notre patriarche en a plus pour bien longtemps. Malgré cette terrible solitude qui semble envelopper notre homme sur la fin, le ton général du film n'est point trop larmoyant, mais nan.

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Trois amis se réunissent autour d'un petit verre de saké; l'un d'eux vient de se marier avec une jeune femme qui a presque l'âge de sa fille et forcément les deux autres le charrient à mort... Il est également rapidement question de la fille de l'un d'eux (Hirayama) qui, à 24 ans, s'occupe encore de son père veuf, sans être ne serait-ce que fiancée. C'est le genre de souci qui passe un peu dessus de la tête d'Hirayama, profitant de la présence de sa fille qui organise sa maison, cette dernière ne semblant pas forcément pressée de quitter le domicile paternel. Peu à peu l'idée va tout de même faire son chemin, notre Hirayama côtoyant l'un de ses anciens profs de lycée dont la progéniture, maintenant un poil décatie, est restée, c'est le cas de le dire, vieille fille. Ce pauvre prof, lorsqu'il sort avec ses anciens élèves, est rapidement rond comme une queue de pelle et a ce petit côté misérable d'un homme qui a gâché la vie de sa fille : cela finit par titiller notre Hitayama qui décide de marier la sienne, nom d'une pipe; première tentative, coup dans l'eau, le prétendant dont la chtite est amoureuse étant déjà fiancé; elle est tout chagrine et on se sent tout bêta devant ses ptites larmes qui coule sur ses joues roses. Po grave, le Hirayama a de la ressource et lui présente un autre prétendant grâce à l'aide de l'un de ses vieux potes. Bingo, la voilà dans une tenue traditionnelle toute mimi, la chtite a retrouvé un demi-sourire. Notre Hirayama peut s'en aller chez lui cuver sa tristesse, réalisant que le temps file vraiment comme po possible.

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Le récit a plusieurs ramifications : on suit aussi le fils aîné d'Hirayama, soucieux d'avoir tout le confort moderne et passionné de golf - l'occidentalisation est non seulement bien en marche et sa femme prouve que la nipponne, dorénavant, porte la culotte : c'est elle qui gère les finances du couple, point à la ligne ; on découvre également Hirayama dans sa tournée (enfin, n'exagérons rien) des bars : il a rencontré par hasard un ancien collègue de l'armée (leur salut et leur petite danse en écoutant l'air de la marine est bien pathétique...) et dans le bar où ce dernier l'emmène, notre vieil Hirayama fait les yeux doux à la patronne qui lui rappelle sa femme; on sent que le vieux soldat voudrait presque mettre ses dernières forces dans la bataille mais cette envie reste coincée derrière son petit sourire et sa fine moustache. Si la conclusion, avouons-le une ultime fois, est un peu amère, Ozu traite, avec son immense humanité habituelle, de temps qui passe, sur une petite musique qui reste bien légère : voilà, c'est un fait, laissons les jeunes générations se faire les dents sur ce nouveau monde et Ozu tire sa révérence sur la pointe des pieds dans un film où l'on trinque abondamment. Kampai! bon mot pour la fin... On a de notre côté fini notre première odyssée, je devrais fêter cela dignement, ce soir, dans un resto japonais... Forcément.

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