18975476_w434_h_q80Errol Morris, en interrogeant directement certaines des personnes qui ont participé à ces sévices, tente de comprendre, ou tout du moins de cerner, ce qui se cache derrière ces fameuses photos de la prison d'Abu Ghraib qui ont fait scandale. Comment des êtres humains ont pu participer à ces tortures et autres "mises en scènes" dégradantes et humiliantes...? Si certains participants (à l'exception des deux personnes qui ont écopé de 8 et 10 ans de prison) tentent de raconter par le menu comment ils en sont arrivés là, ils cherchent surtout à fuir une quelconque responsabilité : ils avaient pour ordre de fragiliser les prisonniers - et dans l'armée on ne désobéit point...-, ils ont parfois "pété les plombs" mais les circonstances étaient telles que..., et certains regrettent surtout, au final, de s'être engagés dans l'armée... bon... mais il ressort aussi que les photos prises ne seraient qu'une infime partie des infamies; les personnes (haut gradés ou membres de la CIA et autres institutions américaines intouchables...) responsables des tortures voire des crimes commis pendant les interrogatoires n'ont, elles, jamais été inquiétées. Cela suffit pour faire frémir... Ces interviews révèlent une face bien sombre de l'être humain, un système où ce sont toujours les plus petits qui morflent, certes, mais on était déjà malheureusement un peu au courant. Voilà pour le fond. (A noter aussi pour info, que le prisonnier irakien chante sur du hip-hop, parvient à dormir en écoutant du Metallica à donf, mais craque psychologiquement en écoutant de la country... Ben oui, ce sont aussi des êtres humains, connard).

Dans la forme, on se demande bien ce qui s'est passé dans la tête d'Errol Morris, réalisateur de docu intriguant et toujours sincère (Gates of Heaven, The Thin blue Line, The Fog of War); cette fois-ci "l'habillage" entre les interviews et presque plus putassier qu'une émission de "reconstitutions" sur TF1 : images ultra léchées (d'un mec qui se fait torturer, c'est Godard qui doit se retourner dans sa Suisse), ralentis, musique tonitruante d'Elfman... - c'est d'un ridicule indicible d'autant que les photos et les interviews sont déjà suffisamment terribles en soi. Du coup, cela traîne en longueur (2 heures, bouh) et vient bousiller souvent le poids de certaines interviews. C'est non seulement regrettable mais totalement absurde (le travelling avant dans Kapo, à côté, c'est du beurre...). Dommage car le Morris n'est pas digne de tels procédés. Le docu-spectacle sur un tel thème, c'est réellement dégradant...