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Ozu joue sur du velours, peut poser sa caméra dans n'importe quel coin de la pièce, c'est toujours le bon angle, le bon positionnement. Les acteurs jouent souvent face caméra, le regard ou le profil orientés au micron près, les cadres dans le cadre sont réglés comme du papier à musique (très belle d'ailleurs, on en parle pas assez), les séquences où les personnes sont côte-à-côte toujours dans la bonne perspective. Ca respire la jeunesse avec la lumineuse Yôko Tsukasa (Ayako Miwa) et la pimpante et magnifique Mariko Okada (Yukiko, son amie). Ca respire la seconde jeunesse avec les trois compères Shin Saburi, Nabuo Nakamura et Ryuji Kita qui tentent d'orchestrer la partition - le mariage de la fille et éventuellement de la mère, veuve. Et bien sûr le sourire immuable de Setsuko Hara (Akiko Miwa), "fraîche fleur sous la pluie", qui irradie le film.

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Trois bons vieux potes se retrouvent lors d'une cérémonie à la mémoire d'un de leur ancien ami disparu. Ils y croisent la veuve et la fille de ce dernier. Ils se mettent martel en tête de trouver un bon parti pour la fille, mais celle-ci semble avoir beaucoup de mal à vouloir se séparer de sa mère, qui se retrouverait forcément toute seule. Ni une, ni deux, germe alors l'idée chez nos gars de remarier la mère avec l'un des trois compères qui est veuf. Cela va provoquer quelques anicroches, les trois gaziers s'y prenant parfois un peu comme des manches. Le thème est un des plus classiques dans la filmographie d'Ozu, mais il est ici exploité au maximum pour varier les scènes entre les différents personnages. Tout d'abord les trois compères s'en donnent à coeur joie en se rappelant leur ancien amour pour Setsuko Hara (deux d'entre eux regrettent ouvertement de ne point être veufs, ça fait toujours plaisir) et pour lancer des petites vannes, limites grivoises, lorsqu'ils constatent qu'avec une femme comme Setsuko un mari est forcément vite épuisé - ce qui ne risque point d'arriver à celui de la vieille matrone du bar, rires. Il y a les séquences pleines de douceur et de complicité entre la mère et la fille jusqu'à ce qu'éclate un petit malentendu à propos de leur mariage respectif - Setsuko étant la dernière informée (elle a d'ailleurs une phrase superbe à propos d'un éventuel remariage : "il est difficile de repartir en bas de la colline"... l'amour perçu comme un véritable voyage au long cours où rien n'est gagné d'avance). Il y a enfin l'électron libre Yukiko qui va un peu se charger de faire le lien entre tout le monde; elle ne va pas hésiter à rentrer dans le lard des trois "vieux sages" pour leur faire comprendre que leur façon de faire manque totalement de tact - une jeunesse qui sait et qui dit ce qu'elle veut, une belle façon d'injecter du sang neuf dans l'oeuvre du maître au diapason des idées nouvelles dans ce Japon en pleine mutation.

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Des discussions au taquet, des personnages parfaitement campés et quelques séquences pleines de vie : lorsque les sept jeunes partent en excursion à la campagne, lorsque deux d'entre eux saluent du haut d'un toit d'immeuble le train dans lequel se trouvent deux jeunes mariés, la mère et la fille dans le même peignoir pour une ultime escapade à deux à la campagne et le saké ou le whisky qui coulent toujours à flots pour célébrer une quelconque occasion. Beaucoup de sérénité se dégage de l'ensemble (comme d'hab, certes, mais presque un peu plus...) et si cette fin d'automne est chargée en émotion, coule en elle une sève salvatrice et revigorante. Demain je publie mon recueil de Haïkku. Gloire à Ozu.      

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