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Moi qui partais bon pied bon oeil à la vision de ce film au titre prometteur, j'avais oublié de lire l'"accroche" de la jaquette : "Chronique d'un désamour". C'est ça, exactement : quand il y a de l'eau dans le gaz dans un couple qui est marié depuis 15 ans, je ne pense guère qu'on puisse autant parvenir à nous faire toucher du doigt tout le désoeuvrement du dit couple, de deux individus qui perdent tous leurs repères. Un peu comme un 1x2 qui dure 1h45 et qui s'attache, quasi-exclusivement, à cette période cruciale de la "lassitude totale"; on retrouve d'ailleurs Valeria Bruni Tedeschi qui n'en finit plus de se faire larguer et Bruno Todeschini, impec, pour une partition qui laisse apparemment une grande liberté aux deux acteurs. Suwa prend tout son temps, étire ses plans-séquences jusqu'à la trame, jusqu'à ce que le silence laisse la place à un silence encore plus grand, plus terrible.

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Je dis pas que c'est le genre de film qu'il faille regarder un peu dépressif, ou juste après une rupture. Dans le genre coup de bambou, pas mieux. Mais faut aussi reconnaître que Suwa est un véritable maître pour parvenir, dans tous les moments creux, à nous faire ressentir le total désarroi, voir souvent l'absolue incompréhension entre deux ex-amants. On se parle à demi-mot, lorsqu'on élève la voix c'est souvent pour lancer une remarque assassine, qu'on regrette aussitôt, qu'on ne pensait peut-être même pas mais qu'on a fini par lâcher. Suwa filme souvent les discussions avec l'un des personnages hors-champ, quand ce n'est pas au final les deux qui finissent hors-champ... somptueux - ça devrait plaire à l'ami Gols un plan de 5 minutes sur une porte fermée. C'est clair que la démonstration est parfois un peu fastidieuse, que le rire nerveux de la Valéria peut taper sur les nerfs, que la mine abattue et déprimée du Bruno peut assommer, mais au final cela est tellement juste qu'on ne voit guère ce que l'on peut reprocher au gars Suwa. Une rupture amoureuse, quelle qu'elle soit, c'est jamais la fête du slip. Il faut voir les yeux mouillés de VBT au musée Rodin, émue devant deux mains qui se frôlent, KO devant la statue massive d'une femme enceinte. Le BT ne s'en sort pas mieux, errant dans les bars, tentant de percer le sens des phrases d'un inconnu rencontré au comptoir et qui parle de sa vie militaire ("pour vaincre la peur, on ressent le besoin de tuer..." - et en amour....? Vous faites le parallèle que vous voulez, je laisse pour ma part, lâchement, cela en suspend...) ou dragouillant, sans y mettre une once d'âme, une fille croisée plus tôt dans une soirée. La fin, bon ben ça, il faut absolument la voir par soi-même, je vais pas vous torpiller complètement l'histoire (mouais, ça dépend des jours et des humeurs). Nombreux sont ceux qui ont comparé Suwa à Antonioni, il serait difficile de leur donner tort - po mieux.

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