untitledVoilà un film bien de son époque, le genre de comédie sans conséquence qui vous rappelle la dolce vita avec une joie communicative. Même si Risi tente parfois de renverser le vapeur comique de son film, on n'est pas dupe : Il Sorpasso est léger comme tout.

Il y a certes derrière tout ça une critique morale assez amère, voire une petite réflexion sur le temps qui passe : la puérilité de Bruno (Gassman, solaire et poilant) pourrait bien être plus trouble qu'il n'y paraît. Le gars comble son vide sentimental par la vitesse de sa décapotable, son sans-gêne et son caractère désinhibé. Derrièr1254306205_17e57c16d7e ses rodomontades et ses hurlements constants on devine le portrait d'un homme qui n'arrive pas à mûrir, incapable d'affronter sa propre vanité et ses responsabilités familiales. En entraînant ce pauvre Roberto (Trintignant, bien casté) dans sa virée sans but, il tente de se donner une légitimité, étalant ses fanfaronnades devant ce faire-valoir coincé et fasciné. On est sans cesse ballotté entre l'admiration pour la grande gueule (qui est dôté d'une grande finesse de regard, comme lors de cette scène familiale où il remet en trois secondes tout le passé de Trintignant en question) et la gêne devant son ringardisme (le gars est too much, assez dérangeant dans son je-m'en-foutisme). Le personnage est joli, et Gassman rend à merveille ces petites fêlures qui passent en une fraction de seconde dans son corps ou dans son regard : il se prend des râteaux 1818f204monumentaux, peine à communiquer vraiment, clame sa vacuité intellectuelle (il place systématiquement dans son fondement toute trace de culture, d'Antonioni aux Etrusques), et on sent derrière cette façade un homme en doute. La toute fin convainc tout à fait que Risi a voulu se piquer de faire une critique sociale autant qu'une comédie enlevée.

Mais ce qui se dégage en fin de compte de Il Sorpasso, c'est cette joie, ce bonheur d'être en vie et de n'avoir aucun but. Le film est dépourvu de gags, mais est baigné dans une atmosphère de gaieté lumineuse. Pas toujours passionnante, mais bon-enfant et toujours sympathique, cette historiette pleine de bruit et de fureur nous montre une 1254313705_fbd1cf1ceeItalie des années 60 toute en surface : bimbos légères, musique disco, crânerie masculine, engueulades dantesques, c'est la superficialité à tous les étages, et ça fait du bien. Roberto l'étudiant en droit se décoince progressivement face à cette force de vie pleine de paillettes, et on est entraîné avec lui par ce ton tendre et rigolard que met en place Risi. Celui-ci est définitivement du côté de la comédie ; le film y perd en profondeur, mais y gagne assurément en simple plaisir.