Cartel_1_Surprenant de voir les critiques dithyrambiques aux U.S. et celles beaucoup plus mitigées en France. Entre contexte historique (la guerre d'Espagne) et ambiance féérique (entre Legend et Excalibur), il est clair qu'il est difficile parfois de relier les deux mondes tant la réalité cruelle de l'un est contrebalancée par l'imaginaire foisonnant de l'autre - mais qui propose cela dit un univers tout aussi violent.

Une chose est certaine, c'est que Sergi Lopez tient le rôle du salaud de service de l'année, en endossant ce personnage de capitaine franquiste sans aucune pitié : froid, cynique, violent, sans faiblesse si ce n'est son arrogance, voilà longtemps qu'on avait pas vu une telle pourriture aussi bien campée - le Sergi qui peut jouer les mecs à la cool fout ici vraiment les boules et devrait s'attirer un joli potentiel haine. Une guerre sans merci donc est engagée en Espagne (on est en 44), la bonne, Mercedes, faisant le lien entre les deux mondes, servant le capitaine tout en faisant le relais avec les résistants... Cela lui vaudra 2-3 petits problèmes. Il est un peu bizarre de voir que toute la seconde partie du film s'intéresse à cette trame historique alors que la première partie était organisée autour de l'accouchement de la femme du capitaine et surtout autpanslabyrinth1_1_our du monde imaginaire de la petite fille (magnétique Ivana Baquero)... : entre crapaud bien gluant, faune géant, fée-phasme et monstre gollumesque, on a droit à un bel échantillon de ce monde de rêve/cauchemar même si on a un peu de mal à faire toujours le parallèle avec l'autre réalité - qu'elle ait besoin de s'échapper dans son monde irréel on le comprend volontiers, mais on a parfois un peu de mal à comprendre où Del Toro veut nous emmener dans ce voyage initiatique... nulle part ou simplement dans un royaume enfantin ? Certes, même si les deux mondes finissent par se mêler à la fin (la petite fille se sacrifie pour son frère), tout cela reste un poil alambiqué pour parvenir à une telle morale.

panimage_15_1_Ce double aspect donne un film du même coup un peu bancal même si l'atmosphère générale de bois hanté et de personnages infernaux est particulièrement bien plantée. On finit par se perdre un peu dans ce labyrinthe, pas forcément certain, à mesure que le film avance, que Del Toro sache vraiment quelle porte de sortie il voudrait nous faire prendre, à l'image de cette fin entre happy-end et tragédie. Si le film est visuellement aussi sombre que les meilleurs Tim Burton, ce récit historico-fantasyco-initiatique laisse tout de même un tantinet dubitatif, pan-tois même, si j'osais.

Bon, on verra ce qu'il en restera après digestion dans quelques semaines.   (Shang - 18/11/06)


le_labyrinthe_de_panJe ne sais pas si mon éminent camarade a pu décanter ce film deux ans après, mais je veux bien en attendant suppléer à sa réflexion : j'ai beaucoup aimé Le Labyrinthe de Pan, tout en lui reconnaissant quelques faiblesses déjà pointées par le Shang. Les scènes oniriques sont effectivement un peu floues dans leurs discours, par exemple. Cela dit, je ne pense pas qu'il faille voir dans celles-ci une vraie volonté d'évasion de la part de la petite fille. Ces scènes sont plus malsaines qu'il n'y paraît, mélange de contes de fées effectivement opposés à la dure réalité, et de bribes de réel très violentes : c'est un tas de chaussures abandonnées que tout visiteur du camp d'Auschwitz reconnaîtra ; c'est une sorte de foetus géant sans yeux qui rappelle aussi bien ces interrogations de la petite quant à son frère à naître et les images des camps de concentration ; c'est un crapaud visqueux faisant appel à toute l'imagerie d'un Jerome Bosch ; ou c'est encore une scène finale directement inspirée de Shining. Loin d'être de pures échappatoires, les délires de la petite fille sont une sorte de mix de toutes ses hantises et ses peurs, et du coup la porosité entre ce monde onirique et la réalité de la guerre va de soi.

Finalement, on assiste à un film plus troublant qu'il n'y paraît, une sorte d'antithèse au piètre La Vie est belle de Benigni : le monde des rêves, la fantaisie, la magie de l'enfance est inapte à modifier la réalité. La petite pan_lab_1fille, sorte d'Alice moderne (avec tout ce que ça comporte de glauque et de trouble), échoue totalement dans sa volonté de fuir la vraie vie : l'ogre est bien réel (impressionnant Lopez, effectivement), le foetus terminera dans le feu (représenté par une racine de mandragore gigotante), et la brutalité viendra annihiler toute propension au rêve. La sécheresse des scènes de torture est beaucoup plus prégnante que tous les rêves de la petite. Dommage que sur la fin, Del Toro s'enferme dans une imagerie un peu chrétienne, pour faire espérer une vie future à cette petite fille : "tu t'assiéras à la droite du père", Royaume des Cieux, et tout le titouin, c'était inutile, et c'est même un peu lâche au vu de l'audace jusqu'ci déployée. Del Toro, malgré cette timidité finale, sert un film totalement désespéré sur les pouvoirs de l'imagination. Victoire de la vie par KO, aussi horrible soit-elle.   (Gols - 15/10/08)