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Voilà un film chinois glauquissime comme on les aime... Si vous avez été subjugués par la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, ce film devrait sérieusement rétablir la balance. On est bien dans la Chine profonde, celle qui se casse le cul tous les matins pour 17 euros par mois, celle où tous les décors font figure de métaphore d'une lente mais certaine dégradation humaine...

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L'héroïne paraît d'entrée de jeu totalement désoeuvrée : chaque semaine elle se rend dans une immense salle de bal, moins éclairée que mon garage à vélo, pour rencontrer l'âme soeur; c'est pas vraiment l'endroit pour espérer une bonne pioche : elle rencontre un vieux magicien à la ramasse qui sitôt dans sa chambre ne tarde pas à se jeter sur elle. Bon, les dés étaient sûrement pipés, po de bol. Lorsqu'on se rencontre peu à peu qu'elle est chargée, de par sa fonction de huissière de justice, de tirer une balle dans la tête des femmes condamnées à mort, on se rend compte qu'on avait pas encore imaginé le pire des métiers (finalement, conduire un bus à Shanghai, je prends...). Une étrange relation se noue entre elle et un individu qui n'inspire point la confiance : il s'agit en fait de l'ancien compagnon d'une femme exécutée; celui-ci ne cesse de la suivre dans des ruelles étroites ou la guette sous des ponts insalubres, un poignard à la main... Elle semble malgré elle attirée par cet homme défait et l'on finit par se demander si elle cherche l'amour ou... simplement, l'autodestruction.

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Yinan Diao dit s'être inspiré de l'un de ses rêves récurrents où il était condamné à mort par un tribunal. Plus qu'un plaidoyer contre la peine de mort, on plonge littéralement dans le cauchemar de l'autre Chine, celle qui fait rarement la une des magazines : les personnages sont des êtres souvent misérables, voire miséreux, totalement livrés à eux-mêmes. Chaque séquence est une bouffée d'air empoisonné, des immenses cheminées d'usine à ces apparts délabrés, des ces ruelles aux pavés humides à cette salle de strip-tease pathétique. On voit mal à quoi les personnages peuvent se raccrocher et les rares scènes d'amour ressemblent plus à des recherches sauvages d'affection qu'à des petits moments de tendresse. Yinan Diao avoue les influences de Bresson et de Béla Tarr (promis, je vous en mets un de côté dès que je fais une tentative de suicide à la vitamine C): il a le sens du cadre du premier et la noirceur du second et s'il n'est pas au niveau de ses maîtres dans la rigueur (le fil narratif mériterait peut-être d'être un peu resserré, mais bon, je dis ça...), il marche définitivement sur la bonne route. Triste à mourir, par excès de réalisme...?

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