2C'est soi-disant parce que L'Homme perdu traitait d'un sujet trop triste qu'il n'a pas eu de succès, et que Peter Lorre n'a jamais pu réaliser un autre film. Mouais... moi, je crois plutôt que c'est simplement parce que c'est très mauvais. J'ai toujours eu un faible pour cet acteur, un de ces acteurs au jeu unique, sans équivalent dans l'histoire du cinéma ; mais le fait est qu'il n'est absolument pas réalisateur, échouant systématiquement à tous les postes, et pondant un film bancal, amateur et assez chiant.

Le scénario est brumeux, et ne sait jamais trop quoi traiter : Lorre veut parler en même temps des pulsions meurtrières de son héros, qui rappellent M de Fritz Lang, de la reconstruction de l'Allemagne après la guerre, des assassins qui errent encore dans celle-ci, de la vengeance, etc., tout en faisant un film d'espionnage et un portrait psychologique. Du c3oup, il saute d'un sujet à l'autre sans vergogne, abandonnant en plein milieu un sujet pour pouvoir en traiter un autre. On se perd complètement dans cette histoire complexe et assez incompréhensible, qui brouille tout repère géographique, et utilise le flash-back au bulldozer. On se désintéresse très vite de ce petit personnage qu'on voudrait nous rendre ambigu et qui n'est que pure forme. Le jeu de Lorre lui-même, d'ailleurs, est d'un bloc, sans subtilité : on dirait qu'il n'a sur sa palette qu'une seule expression, le fameux sourire doucereux et inquiétant qui lui a valu sa gloire, et son personnage perd vraiment en profondeur. Vous pouvez zapper où vous voulez à l'intérieur du film, vous tomberez à coup sûr sur un de ces gros plans ternes sur son visage souriant, ça semble être le seul cadre qu'il connaisse. Trop dialogué, mal écrit, laissant peu de place à de vrais moments de mise en scène, L'Homme perdu est un "film de radio", sacrifiant tout à son histoire, pourtant bien peu passionnante.

1De temps en temps, quelques idées font leur apparition, mais qui ne sont pas non plus sidérantes : un joli décor de ruines, quelques ombres bien pensées, ou les derniers plans le long d'une voie de chemin de fer. Mais c'est bien pour ne pas prononcer le mot de "navet" : tout est mal foutu là-dedans, rien ne ressort, et on oublie bien vite ce film d'ailleurs déjà oublié par l'Histoire.