18863003_w434_h_q80Curieux que les cinéastes israëliens soient obligés de passer par le prisme de la comédie pour arriver à parler de politique sans être baillonés par le pouvoir. Après Intervention Divine de Suleyman, Kolirin choisit la légèreté bon enfant pour traiter des relations entre les peuples (Egyptiens et Israëliens) ; si son film y gagne en subtilité, il y perd un peu en discours, les rares allusions politiques étant noyées volontairement sous le sourire. C'est pas grave, puisque La Visite de la Fanfare est charmant, et qu'on ne lui demande finalement rien d'autre que de tirer sur cette corde humaniste qu'il utilise avec beaucoup de tact et d'intelligence.

18865354_w434_h_q80La langue (et donc la communication) est le principal sujet du film : arriver à se faire comprendre quand on ne parle pas le même langage, quand on n'a pas la même religion ou le même mode de vie. Les dialogues, souvent en anglais faute de mieux, sont remplis de ces quiproquos, incompréhensions, hésitations qui font que les personnages restent étrangers l'un à l'autre pendant un bon bout de temps. Puis, subtilement, Kolirin déploie des scènes où le langage est progressivement remplacé par une autre forme de communication : la musique, le silence, le corps. C'est une scène superbement fine d'apprentissage amoureux dans une boîte de nuit, tout en silence et en gestes ; c'est un embryon d'histoire d'amour qui passera par les corps et le sexe ; c'est la transmission du savoir (comment conduire un orchestre) qui se fera à travers les mouvements ancestraux, sans mots. Très belle idée et amenée avec beaucoup de sentiment par le metteur en scène, qui s'efface modestement devant la grandeur humaine de ses personnages, les laissant communiquer vaille-que-vaille.

18865349_w434_h_q80Le rythme de chaque séquence est parfait. On sent que le gars a pris deux-trois leçons chez Tati : il a le même goût pour l'immobilité et pour le tempo des petites choses (regards, suspensions de gestes, minuscules sons). Comme il est aussi fortiche au niveau des cadres, très calculés mais beaux et fins, on finit par aimer La Visite de la Fanfare, malgré cette avalanche de bons sentiments sur la fin, malgré cette modestie virant à la pauvreté pour ce qui est de la mise en scène, malgré le peu d'ambition de l'ensemble. C'est joli tout plein et oubliable, une petite bulle de légèreté qui fait du bien par où elle passe, c'est tout, et c'est déjà beaucoup. (Gols 04/02/08)


Comment pallier l'absence d'un langage commun à l'aide de signes (m'en parlez pas, cela fait quatre ans que je souris à chaque fois j'achète une bière - on atteint le millier) ou avec un anglais ultra limité, c'est la gageure de départ de ce bien joli film qui tente de tendre une perche entre deux cultures pas toujours sur la même longueur d'onde. D'accord avec l'ami Gols pour l'essentiel, bien aimé pour ma part que les aspects politiques soient totalement gommés, cela permettant à  Kolirin de mettre en scène avant tout des êtres pleins d'humanité dans leurs faiblesses et leur gentillesse (marre d'entendre, Les Chinois-çi, les Chinois-ça quand déjà ils sont 1,3 millard (la généralisation a ses limites) et quand on finit par confondre le gouvernement avec ses sujets... ça c'est dit...). Kolirin joue la carte du minimalisme jusqu'à la corde et si cela produit quelques séquences un peu creuses qui ralentissent le rythme, il y gagne en poésie. Certains gags sont un peu téléphonés (la séquence du téléphone justement...) mais on finit par s'attacher à cette bande de bras cassés qui, sur la pointe des pieds, laissera de jolis traces dans cette petite ville située au milieu de nulle part. A défaut d'un départ en fanfare pour son premier long-métrage, Kolirin signe une petite oeuvre sensible comme une ouverture inachevée de concerto - un cinéaste à suivre donc...  (Shang 04/10/08)

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